Le premier verdict du procès du viol collectif d'une étudiante dans un autobus à New Delhi, un fait divers qui a bouleversé l'Inde, était attendu jeudi à l'encontre du seul mineur accusé dans cette affaire, quatre autres suspects étant toujours en cours de jugement.

L'adolescent, âgé de 17 ans au moment des faits, est l'un des six suspects arrêtés après le viol d'une jeune femme de 23 ans dans un autobus le 16 décembre, décédée treize jours plus tard des suites de l'agression. L'accusé, qui ne peut être nommé pour des raisons juridiques, encourt une peine maximale de trois ans dans un centre pour mineurs.

La nature particulièrement ignoble de cette attaque a fait descendre dans la rue des milliers d'habitants révoltés appelant à une prise de conscience sur la façon dont les femmes sont traitées en Inde, pays encore largement dominé par les hommes où la police et la justice ont été accusées d'apathie à l'égard des victimes d'agressions sexuelles.

La famille de la victime, qui a succombé à de graves lésions internes dans un hôpital de Singapour où elle avait été transférée en urgence, avait réclamé que l'adolescent, jugé par une cour d'assises pour mineurs de la capitale, comparaisse au côté des accusés majeurs, qui encourent, eux, la peine de mort.

"Nous voulons que le gouvernement nous rassure et que mes droits à la justice soient préservés. Dans cette affaire, l'accusé se cache derrière des failles juridiques du système", plaidait le père de la victime, interrogé voici quelques mois par le quotidien The Hindu.

Une commission gouvernementale mise en place après le viol collectif a rejeté les appels de la société civile à abaisser l'âge de la majorité pénale de 18 ans à 16 ans.

Le procès de quatre suspects majeurs était par ailleurs toujours en cours, l'issue étant attendue dans les prochains mois lorsque l'audition des nombreux témoins aura pris fin. Un cinquième accusé, le chauffeur du bus présenté comme le meneur, a été retrouvé mort dans sa cellule en mars, un décès attribué à un suicide par les autorités pénitentiaires.

Si l'adolescent est jugé coupable, il est passible d'une peine de trois ans de détention qui inclut le temps déjà passé en détention.

Anant Kumar Asthana, un avocat basé à New Delhi et qui défend les mineurs, estime que "l'idée derrière cette clause suggère que trois ans sont une période suffisante pour redresser un enfant".

"Le placement d'un enfant dans une institution pénitentiaire est en dernier ressort et l'idée est de le faire pendant une courte période de temps (...) car un placement en centre peut souvent affecter un enfant de manière négative", juge-t-il, interrogé par l'AFP.

Des poursuites judiciaires visant du personnel de plusieurs centres pour mineurs ont illustré l'an dernier ce que les militants des droits de l'enfant décrivent comme une culture généralisée de la violence dans ce type d'établissements. Ils dénoncent en particulier les abus commis par les travailleurs sociaux sur les jeunes et les agressions entre mineurs.

Selon Shabhaz Khan, cofondateur de l'ONG Center for Child Rights (Haq) et qui fut cité comme conseiller auprès du tribunal lors du procès de l'adolescent, les services fournis dans ces centres sont généralement inadaptés.

"Le suivi psychologique est très mauvais. Le personnel est sous-payé et n'a pas du tout envie de travailler avec ces enfants", dénonce-t-il.

"Certains établissements vont proposer des cours de couture ou de cuisine mais ces enfants sont en mauvais état, ils ont besoin de tuteurs. La loi sur les mineurs prend tout cela en compte mais la réalité est bien différente", estime M. Khan.

Le 16 décembre au soir, l'étudiante de 23 ans rentrait d'une séance au cinéma avec son petit ami lorsqu'ils ont accepté de monter dans un autobus hors service en l'absence de taxis ou rickshaws disponibles. Agressée avec une barre de fer, violée et battue, elle a ensuite été jetée sur la route avec son ami, lui aussi passé à tabac.