Bogota a annoncé mercredi la libération par l'armée d'Ingrid Betancourt, des trois otages américains Marc Gonsalves, Thomas Howes et Keith Stansell, ainsi que d'onze militaires et policiers colombiens, aux mains des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). Le ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, a déclaré que tous étaient en relativement bonne santé après des années de détention dans la jungle.

L'opération de sauvetage s'est déroulée mercredi dans la jungle de Guaviare, dans le sud du pays. Cette nouvelle est un succès important pour le président colombien Alvaro Uribe, qui a fait de la lutte contre les Farc sa première priorité. "C'était une opération sans précédent", s'est félicité le ministre de la Défense devant des journalistes. Elle "entrera dans l'histoire pour son audace et son efficacité".

Les Farc retenaient une quarantaine d'otages de premier plan comme monnaie d'échange contre des centaines de militants emprisonnés. Parmi eux, Ingrid Betancourt, candidate du parti vert à l'élection présidentielle en Colombie, qui avait été capturée le 23 février 2002. Une vidéo des Farc diffusée à la fin de l'an dernier l'avait montrée très amaigrie et déprimée. Les trois otages américains travaillaient pour le département de la Défense et ont été capturés en 2003 après la chute de leur avion dans la jungle lors d'une opération de lutte contre les stupéfiants.

"Je suis comblée de joie" , a déclaré Astrid Betancourt, sa soeur, à l'annonce de sa libération. "Je voudrais remercier toutes les personnes impliquées, y compris le président Sarkozy" , a ajouté Hervé Marot, porte-parole du comité de soutien.

Plusieurs revers

Les Farc, plus vieux mouvement rebelle d'Amérique du Sud, ont été repoussées dans des endroits isolés du pays et ne compteraient plus aujourd'hui que 9000 combattants contre 17000 auparavant. Elles ont connu plusieurs revers ces derniers mois. Après la mort de leur n°2, Raul Reyes, tué le 1er mars dernier en Equateur lors d'un raid transfrontalier de l'armée colombienne, et celle du responsable financier Ivan Rios, assassiné par un de ses gardes du corps une semaine plus tard, c'est leur leader septuagénaire Manuel Marulanda qui est décédé d'une crise cardiaque fin mars. Isolées dans la jungle, les Farc étaient apparemment de moins en moins aptes à porter des coups importants aux forces régulières. Les questions qui se posaient, dès lors, étaient de savoir si les Farc allaient faire bloc derrière leur nouveau chef Alfonso Cano et quelle ligne lui-même adopterait par rapport aux otages. Cet ancien militant marxiste et étudiant en anthropologie, qui avait gagné le maquis en 1982, gardait la réputation d'un intellectuel inflexible depuis sa participation aux négociations de paix au début des années 1990 puis au tournant du siècle.

Les Farc n'avaient d'ailleurs pas infligé de pertes sérieuses à l'armée colombienne depuis 2006. L'ordinateur portable découvert près du corps de Reyes, contenant plus de 11000 documents attribués à la guérilla et ses contacts, avait permis à la Colombie de montrer Hugo Chavez du doigt, en l'accusant d'avoir tenté de financer et d'armer les Farc. C'est dans la foulée que le président vénézuélien avait déclaré, début juin, "assez de cette guerre. L'heure est venue de nous asseoir et de parler paix".

Depuis la libération de six otages "politiques" en début d'année, la guérilla avait cependant exclu tout nouveau geste. Les Farc avaient d'ailleurs réaffirmé, il y a moins d'un mois, que leur "objectif stratégique (était) de prendre le pouvoir pour le peuple".