Le chef du gouvernement italien Enrico Letta a demandé lundi au chef de la Ligue du nord de mettre fin aux attaques racistes venant de ce parti, après de nouvelles insultes ce week-end contre Cécile Kyenge, première ministre noire de l'histoire de l'Italie. 

"C'est une page honteuse de notre histoire", a déclaré M. Letta devant la presse au sujet des propos tenus samedi par un des dirigeants de la Ligue Roberto Calderoli, qui a comparé Mme Kyenge à un orang-outan. 

Lundi la polémique se poursuivait avec de nombreux appels à la démission de M. Calderoli, qui est vice-président du Sénat et a minimisé l'épisode comme une plaisanterie, affirmant comparer tous les ministres à des animaux, notamment M. Letta à un héron. 

"Je lance un appel à (Roberto) Maroni (le chef de la Ligue du nord, ndlr) pour qu'il referme le plus vite possible cette page, sinon on entrera dans une logique d'affrontement total qui ne serait utile ni à lui ni au reste du pays", a déclaré M. Letta, interrogé après une rencontre avec son homologue maltais Joseph Muscat. M. Letta a insisté sur le rôle institutionnel de M. Maroni, président de la région de Lombardie, "la plus grande d'Italie, avec qui nous travaillons à l'organisation de l'Expo 2015", a-t-il souligné. 

"Il faut mettre fin à cette situation" et trouver une solution, a-t-il ajouté, sans dire laquelle mais en déplorant que cette affaire "soit déjà en première page de toute la presse étrangère". Une réunion de la direction politique de la Ligue se tenait en début d'après-midi à Milan, sans que rien n'ait encore filtré sur le sort de M. Calderoli. 

Le sénateur Calderoli, connu pour ses déclarations polémiques, avait déclaré samedi lors d'une réunion de la Ligue du nord près de Bergame: Cecile Kyenge "fait bien d'être ministre mais peut-être devrait-elle le faire dans son pays (...) J'aime les animaux (...) mais quand je vois les images de Kyenge, je ne peux m'empêcher de penser à des ressemblances avec un orang-outan, même si je ne dis pas qu'elle en soit un". 

Selon le juriste Gianluigi Pellegrino, "les insultes dont a été l'objet la ministre Kyenge configurent le délit d'incitation au racisme et le parquet de Bergame à mon avis devrait ouvrir des poursuites pour ce motif".