Correspondante à Jérusalem

Le gouvernement israélien fulmine et prend des sanctions. Contre les Palestiniens qui ont définitivement prouvé, selon lui, qu’ils tournaient le dos à un règlement de paix négocié avec l’Etat juif. Et contre l’Unesco qui a outrepassé ses fonctions en prenant sur elle de décider que les Palestiniens formaient un Etat.

A l’issue des consultations menées mardi par son mini-cabinet politique, le Premier ministre Netanyahou a décidé d’accélérer la colonisation à Jérusalem-Est et en Cisjordanie occupée - la riposte préférée des nationalistes israéliens, régulièrement critiquée à l’étranger, mais jamais concrètement freinée par la communauté internationale - en guise de rétorsion après leur admission à l’Unesco.

Par ailleurs, Israël a également décidé de geler, au moins à titre provisoire, recettes fiscales dont il doit s’acquitter chaque mois au Trésor palestinien. Ces recettes proviennent essentiellement des taxes qu’Israël perçoit sur les marchandises qui transitent par ses ports et aéroports à destination de la Cisjordanie et de Gaza. Elles se montent à des millions de dollars et servent à payer le salaire des dizaines de milliers de fonctionnaires de l’Autorité palestinienne. Israël en a déjà souvent bloqué le transfert pour punir ou exercer des pressions sur les Palestiniens.

Les Palestiniens ont immédiatement dénoncé ces sanctions israéliennes en accusant le gouvernement Netanyahou d’"accélérer la destruction du processus de paix". Celui-ci est en effet plus que jamais au point mort. Le gouvernement israélien craint en effet que l’acceptation des Palestiniens à l’Unesco comme Etat à part entière ne se limite pas uniquement à une victoire symbolique. Sur le terrain, dans l’immédiat, elle ne change rien à l’autonomie limitée qu’Israël accorde à Mahmoud Abbas et à son Autorité palestinienne. Mais elle établit un précédent historique laissant présager le soutien international dont les Palestiniens jouiront pour obtenir la reconnaissance étatique dans d’autres agences onusiennes et organismes mondiaux. Les Palestiniens comptent par exemple briguer la pleine adhésion, entre autres, à l’Organisation mondiale de la Santé, l’Organisation internationale du Travail, l’Union internationale des Télécommunications, l’Organisation mondiale du Commerce.

Et il y a la reconnaissance par l’Onu elle-même. Ce 11 novembre, le Conseil de sécurité doit se prononcer sur l’entrée de la Palestine à l’Onu comme Etat à part entière, et l’on s’attend à ce que les Etats-Unis y mettent leur veto. Mais les Palestiniens s’adresseront alors directement à l’Assemblée générale qui leur accordera sans difficulté le statut explicite d’Etat, fût-il "Etat non membre" de l’Onu. Et selon la droite israélienne au pouvoir, un tel soutien international encourage les Palestiniens à délégitimer l’Etat juif.

Par ailleurs, le statut d’Etat auprès de l’Unesco permet désormais aux Palestiniens de demander la reconnaissance au Patrimoine mondial de nombreux sites en territoire occupé par Israël. Tels l’église de la Nativité à Bethléem, les vestiges archéologiques millénaires à Jéricho, le Caveau des Patriarches bibliques à Hébron, la tombe de la matriarche Rachel à Bethléem. Ce qui causera immanquablement des frictions avec Israël qui a déjà inscrit certains de ces sites à son propre patrimoine national. Notamment, les deux derniers sur lesquels Israël garde la mainmise, quoiqu’ils soient vénérés à la fois par les juifs et les musulmans.

Les Palestiniens pourront aussi saisir l’Unesco pour entraver les fouilles archéologiques qu’Israël mène autour de l’esplanade des mosquées dans la Vieille Ville de Jérusalem-Est, ou pour freiner le contrôle qu’Israël maintient sur les manuels scolaires des écoles palestiniennes à Jérusalem-Est. Une Jérusalem-Est annexée par Israël, mais que les Palestiniens revendiquent comme la capitale de leur futur Etat. Ainsi, il n’est pas exclu qu’à l’exemple des Etats-Unis, Israël suspende lui aussi sa contribution financière à l’Unesco. Contribution plus modeste, il est vrai, qui se monte à 3 % du budget de cette agence onusienne.

Mais c’est surtout le Raïs et son Autorité palestinienne qu’Israël menace de "représailles". Le ministre des Affaires étrangères appelle à couper carrément tous les ponts avec eux. Avigdor Lieberman a déjà déclaré la semaine dernière qu’il voyait en M. Abbas le principal obstacle à la paix. Un obstacle, dit-il, qu’il faut "écarter immédiatement" et dont la démission "serait une bénédiction".