Israël est en passe d'annexer 150 hectares de terres agricoles dans la vallée du Jourdain en Cisjordanie occupée, ont indiqué mercredi un organe du ministère israélien de la Défense et les médias. "Conformément à une décision prise au niveau politique, nous sommes dans la phase finale avant que ces terres ne soient déclarées terres de l'Etat" israélien, a indiqué le COGAT, organe du ministère de la Défense chargé de coordonner les activités israéliennes dans les territoires palestiniens.

Selon les médias israéliens, ce sont 150 hectares de terres, situées près de la ville palestinienne de Jéricho et de la colonie israélienne d'Almog, qui sont concernés.

Une telle annexion, si elle est menée à bien, serait la plus importante depuis des années dans la vallée du Jourdain, a déclaré Hagit Ofran, une responsable de l'ONG israélienne la Paix maintenant, qui surveille et dénonce les activités de colonisation israéliennes.

Elle risque de causer de nouvelles crispations avec les Palestiniens, mais aussi avec les Américains et les Européens, dans un contexte déjà tendu.

Dans les faits, une partie des terres concernées est déjà exploitée par des agriculteurs israéliens, dit la presse israélienne. Par le passé, Israël a justifié de telles annexions en invoquant la législation permettant de s'approprier des terres palestiniennes en jachère depuis trop longtemps.

Israël occupe la Cisjordanie depuis 1967. La coexistence d'environ 400.000 colons israéliens avec 2,5 millions de Palestiniens y est conflictuelle. La saisie de terres, et plus largement la colonisation, qui s'est poursuivie sans relâche sous les gouvernements israéliens de droite comme de gauche, sont dénoncées par les Palestiniens et la communauté internationale comme rognant un futur Etat palestinien et compliquant toujours davantage la paix.

La révélation du projet d'appropriation survient dans un contexte de violences renouvelées entre Israéliens et Palestiniens et de tensions ouvertes avec Américains et Européens contre la colonisation.

L'ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Dan Shapiro, a provoqué de vives réactions israéliennes par des propos tenus lundi et exceptionnellement tranchés.

Le diplomate avait parlé de la situation en zone dite C, qui couvre environ 60% de la Cisjordanie et sur laquelle Israël exerce un contrôle total, à la différence des zones A et B. Il avait noté l'exclusion des Palestiniens de tout développement économique dans cette zone, ainsi que la saisie par Israël "d'immenses parcelles". C'est dans la zone C que se trouvent les 150 hectares qui deviendraient propriété israélienne.

Les ministres européens des Affaires étrangères avaient quant à eux réaffirmé lundi leur "ferme opposition à la politique de colonisation d'Israël", aux démolitions de structures palestiniennes - y compris de projets financés par l'UE - ou aux confiscations.