Jupe lamée et lunette noire, Ivanka Trump est arrivée à l’aéroport de Berlin comme une star. Avec une certaine bravoure aussi pour affronter la pluie glacée à bras nus et l’hostilité des Berlinois avec sang-froid.

La fille du 45e président des Etats-Unis avait été invitée à participer à un panel du "Sommet du G20 des femmes" par la Chancelière allemande Angela Merkel. A la veille de son arrivée, les éditorialistes allemands s’interrogeaient néanmoins sur la légitimité de celle qui se présente avant tout comme "femme d’affaires" et fille de Donald Trump mais qui est aussi sa conseillère à la Maison-Blanche.

"Suis-je donc le seul à trouver totalement absurde que la Chancelière fasse de la politique étrangère avec la fille de Donald Trump", s’est interrogé le député SPD Lars Klingbeil sur les réseaux sociaux.

Le débat s’est donc ouvert à l’allemande pour Ivanka Trump : très cash. "Pour commencer, pourriez-vous nous expliquer le concept de 'first daughter' avec lequel les Allemands sont peu familiers ?", lui a lancé la modératrice et journaliste Miriam Meckel. "Je suis moi-même assez peu familière avec ce rôle nouveau" a-t-elle répliqué. "Je suis humble face aux dirigeantes formidables réunies ici aujourd’hui et j’écoute. Je suis là pour apprendre".

Bien droite, les bras serrant sa taille et les points crispés, Ivanka Trump avait bien l’allure d’une élève appliquée sur ce podium de très haut niveau consacré aux moyens de "donner le pouvoir" économiques aux femmes. Très pro aussi, elle sourit en encaissant les coups.

Au deuxième round, la salle siffle lorsqu’elle défend l’intérêt que son père porte aux femmes. Miriam Meckel lui rappelle les propos infamants de Donald Trump sur les femmes pendant la campagne électorale. "J’ai lu ça dans la presse" mais personnellement "mon père m’a toujours soutenu et j’ai toujours été traitée à égalité avec mon frère", assure Ivanka Trump.

La Chancelière vole encore à son secours. "J’ai invité Ivanka Trump parce que j’ai apprécié notre échange sur l’accès des femmes aux crédits lors de ma visite à Washington", a précisé Angela Merkel. Pour autant, la question dans tous les esprits ce jour-là était bien : "mais que fait la fille de Donald Trump ici".

La chaîne national ZDF s’interroge à contrario s’il est "tout à fait anormal" que Angela Merkel s’entretienne avec la principale conseillère du président américain. Dans un long portrait, la chaîne présente la jeune femme de 35 ans comme "la fille qui murmure à l’oreille du président", une "first lady" de l’ombre de plus en plus puissante.

Et la Chancelière Merkel est pragmatique. Elle "est rusée comme un renard. Si la route peu conventionnelle pour accéder (à Trump) est Ivanka, alors c’est la personne par laquelle il faut passer", commente James Jeffrey, ancien conseiller de Barack Obama dans le média politique américain "Politico". Le très sérieux quotidien "Süddeutsche Zeitung" n’hésite pas non plus à dire qu’Angela Merkel a fait là un "excellent coup" en se ralliant la fille rationnelle à défaut d’arriver à saisir le père.

Dans ce jeu de billard à trois bandes, les prochaines parties se joueront lorsque Donald Trump participera en mai à une réunion de l’Otan et en juillet à celle du G20 à Hambourg.