L’imminence du déclenchement de l’article 50 ne ravit pas les Européens installés au Royaume-Uni. "J’ai peur", avoue Mary Yasmine Arrouche, une Française de 26 ans installée depuis trois ans à Londres. "J’ai un travail ici depuis plusieurs années dans la mode, je suis intégrée dans la société britannique, mon partenaire est anglais mais je doute." En effet, la législation requiert d’avoir vécu cinq années dans le pays pour obtenir un permis de résidence permanente. "Et ce sera peut-être trop juste lorsque le Brexit sera effectif dans deux ans." De son côté, Eurydice van Durme, 29 ans, ne s’inquiète pas. "Cela ne sert à rien, surtout que cette incertitude fait partie du processus de négociations entre Londres et les Vingt-sept, chacun cherchant à bluffer l’autre", estime cette employée du secteur financier originaire de Gand. Prudente, elle "garde les documents qui prouvent que je vis et travaille ici". Sans que cela perturbe ses plans initiaux. "Je me vois toujours bien ici et je ne compte donc pas changer de vie dans le futur immédiat."

Dans les cartons

Vincent Lauwers a, lui, démissionné et fait ses cartons après un an et demi passé dans la capitale. "Mes collègues britanniques me disent de ne pas prendre le résultat du référendum personnellement mais c’est impossible !" lance ce Gantois de 25 ans. "Surtout qu’étant le seul non-Britannique de mon entreprise, j’aurais été le premier à sauter en cas de souci." Sa décision a été prise d’autant plus sereinement qu’il estime que "l’ambiance va se dégrader avec l’entame des négociations, lors desquelles les Européens seront présentés comme des ennemis".

Au final, la plus sereine de ces Européens vit… en Ecosse. Très engagée pendant la campagne du référendum en faveur du maintien dans l’UE, la Française Mélodie Emre se sent "protégée du Brexit : dans les semaines suivant le résultat du référendum, j’ai reçu une lettre des deux députés de ma circonscription pour me dire que j’avais eu raison de choisir l’Ecosse et me rappeler que j’étais la bienvenue ici, que ma contribution était valorisée", indique la professeure de 25 ans. "Cet engagement change tout. Du coup, je regarde avec espoir la possibilité d’un second référendum d’indépendance. C’est le meilleur moyen pour le pays de demeurer dans l’UE coûte que coûte." Avec ou sans elle, l’avenir le dira.