L'ancien vice-président d'Afrique du Sud, Jacob Zuma, qui était poursuivi pour viol, a été acquitté lundi par la Haute Cour de justice de Johannesburg. Devant une salle d'audience pleine à craquer, le juge Willem van der Merwe a, en effet, déclaré que les rapports sexuels entre la plaignante et Zuma étaient des «rapports entre adultes consentants».

Crédibilité douteuse

Lors du procès, l'accusé avait reconnu avoir eu, en novembre dernier, dans sa maison de Johannesburg, des relations sexuelles avec son accusatrice, une militante de la lutte contre le sida, elle-même atteinte par la maladie; mais il assurait qu'elle était consentante.

«Il serait stupide qu'un homme bénéficiant d'une escorte policière et dont la fille se trouve à proximité surprenne une femme endormie et la viole en ignorant si elle va se mettre à hurler», a estimé le juge Van der Merwe, ajoutant que l'enquête n'avait pas permis de démontrer «au-delà du doute raisonnable» l'éventuelle culpabilité de Zuma.

Le juge a aussi mis en doute la crédibilité de la plaignante, dont l'identité ne peut être divulguée.

Jacob Zuma, figure historique du mouvement anti-apartheid, âgé de 64 ans, a longtemps été considéré comme l'héritier naturel de Mbeki et semblait programmé pour lui succéder lors de la prochaine élection présidentielle, en 2009.

Mais les accusations de viol portées contre lui par une jeune femme de 31 ans ont porté un nouveau coup d'arrêt à son ascension politique, déjà enrayée par un scandale de corruption qui avait conduit Mbeki à le limoger en juin 2005. Son procès dans cette seconde affaire est fixé au mois de juillet. Comme dans l'affaire de viol, «JZ» affirme qu'il est innocent et se dit victime d'un complot de ses ennemis au sein du Congrès national africain (ANC, parti majoritaire) pour entraver ses ambitions présidentielles.

Le procès pour viol comme les poursuites pour corruption présumée ont ouvert des brèches profondes au sein de l'ANC. Les grandes figures du parti, dont Mbeki, ont gardé le silence, jugeant qu'il fallait laisser la justice faire son travail.

Imprudent

En dépit de son acquittement, des observateurs estiment que l'affaire du viol entamera le capital politique de Zuma, notamment parce qu'il a reconnu avoir eu des relations sexuelles non protégées avec son accusatrice, alors qu'il savait qu'elle était séropositive.

Dans un pays où le virus du sida frappe 5 des 45 millions d'habitants, les associations de lutte contre la maladie accusent Zuma -qui dit avoir pris une douche pour éviter d'être contaminé!- d'aller à l'encontre des campagnes de prévention. Selon Susan Booysen, de la Wits University, «en dépit de son acquittement, sa réputation et son image de président potentiel ont pris un coup sévère».

© La Libre Belgique 2006