Le renvoi en justice de l'ancien président français Jacques Chirac, 78 ans, ternit une carrière politique d'une longévité exceptionnelle mais au bilan contrasté, rattrapant au crépuscule de sa vie un homme désormais très affaibli. Monument de la droite française pendant 40 ans, encore incroyablement populaire, il est le premier ancien président français à être jugé lors d'un procès qui s'ouvre de nouveau lundi, après un faux départ en mars, pour deux affaires d'emplois présumés fictifs à la ville de Paris alors qu'il en était maire.

Il n'assistera toutefois sans doute pas à ce procès: ses avocats ont demandé samedi au tribunal de pouvoir représenter leur client, qui "n'a plus l'entière capacité de participer au déroulement des audiences". Le tribunal pourrait accepter cette requête ou décider d'un nouveau report du procès.

Depuis 2007 et son départ de l'Elysée, Jacques Chirac donne l'image d'un retraité tranquille à la santé de plus en plus fragile.

Ces derniers mois, sa haute silhouette s'est voûtée et sa démarche s'est faite plus hésitante. Au point que son épouse Bernadette avait dû démentir en début d'année qu'il souffrait de la maladie d'Alzheimer.

Le retraité Jacques Chirac avait promis de ne pas se mêler de politique. Mais il avait suscité la perplexité générale en juin, en affirmant qu'il était prêt à voter pour le socialiste François Hollande à la prochaine présidentielle. C'était de "l'humour", avait-il ensuite corrigé par communiqué.

Le Chirac de 2011 est à l'opposé du jeune homme pressé, du grand "agité" à la réputation de "tueur" mais aussi de séducteur qui, au début de sa carrière, semblait prêt à tout pour réussir.

Jacques Chirac était déjà aux affaires en 1968, en pleine révolte étudiante, secrétaire d'Etat à l'Emploi depuis un an. Il ne quittera plus les palais nationaux, successivement ministre de l'Agriculture, de l'Intérieur, Premier ministre à deux reprises, et surtout, pendant 18 ans, tout puissant maire de Paris.

De ce bastion parisien, il construit sa machine de conquête du pouvoir, souvent accusé de mettre cette riche administration municipale au service de ses ambitions. De cette époque datent quelques unes des affaires judiciaires dans lesquelles il fut cité.

Il se lancera par deux fois, sans succès, à la conquête de l'Elysée, en 1981 et 1988, avant d'être finalement élu en 1995.

Il est largement reconduit en 2002 face au candidat de l'extrême droite, cinq ans après avoir commis une faute politique majeure: la dissolution de l'Assemblée nationale qui avait alors basculé à gauche, lui imposant un long partage du pouvoir avec les socialistes.

Ses partisans voient en lui un homme chaleureux et généreux. Ses adversaires le décrivent sans vision, "plus capable de conquérir le pouvoir que de l'exercer" et se disent en peine de trouver, dans son bilan, ce qui marquera l'Histoire, même s'il fut un adversaire résolu de la guerre américaine en Irak.

Sa ligne politique a beaucoup varié. Jeune, il fut brièvement engagé à gauche, avant d'embrasser les idéaux du gaullisme. Au fil des ans, il se trouva tour à tour libéral et dirigiste, eurosceptique et pro-européen, tantôt à la droite de la droite, tantôt rempart contre les extrémismes.

Pour ses biographes, Jacques Chirac est un homme paradoxal et complexe. Adepte des bains de foule et des salons agricoles, il est aussi un amoureux de l'Asie et un grand défenseur des "peuples oubliés".

En fin de mandat, il inaugure à Paris un musée consacré aux arts premiers. A son départ de l'Elysée, il crée une fondation dédiée au développement durable et au dialogue des cultures.

Jacques Chirac vit à Paris, avec son épouse Bernadette, dans un appartement des bords de Seine, prêté par la famille de l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, l'une des amitiés tissées au fil des ans.

De là, il peut contempler une popularité au zénith, au-dessus des 70% d'opinions positives, selon les sondages.