Jacques Chirac a annoncé mercredi que Nicolas Sarkozy quitterait le ministère de l'Intérieur le 26 mars et, dans la foulée, lui a apporté "tout naturellement" son soutien dans la course présidentielle, en termes mesurés, mais clairs. Peu après, dans un communiqué, le candidat UMP a qualifié ce soutien d'"important" pour lui, "sur un plan politique et aussi sur un plan personnel".

Dans une brève allocution télévisée, enregistrée sans le décorum présidentiel (drapeaux...) dans le Jardin d'hiver de l'Elysée à l'issue du Conseil des ministres, le chef de l'Etat a indiqué avoir, avec le Premier ministre Dominique de Villepin, reçu le matin le numéro deux du gouvernement.

"Nicolas Sarkozy nous a fait part de son souhait de quitter le gouvernement lundi prochain et ceci pour se consacrer pleinement à la campagne électorale", a déclaré le chef de l'Etat. "Je l'ai accepté". Rendant hommage au "travail" de M. Sarkozy, le chef de l'Etat n'a pas évoqué la nomination de son successeur qui devrait être le ministre de l'Outre-mer François Baroin, fidèle chiraquien.

Dans le même temps, l'entourage de Xavier Bertrand, porte-parole du candidat, annonçait sa démission du ministère de la Santé, également le 26 mars. Il devrait être remplacé par Philippe Bas (Sécurité sociale). Evoquant ses "choix personnels", le chef de l'Etat, qui avait annoncé le 11 mars ne pas briguer un troisième mandat après douze ans de présidence, a manifesté son "soutien" à celui qui aspire à lui succéder. "Il y a cinq ans, j'ai voulu la création de l'UMP", a-t-il rappelé. "Cette formation politique a choisi de soutenir la candidature de Nicolas Sarkozy", "en raison de ses qualités". C'est donc "tout naturellement que je lui apporterai mon vote et mon soutien", a conclu M. Chirac.

Cible des attaques de la gauche et de l'UDF pour sa double casquette de ministre-candidat, M. Sarkozy s'était jusque là refusé à préciser la date de son départ du gouvernement. Ségolène Royal a jugé "cohérent que l'UMP soutienne l'UMP", ajoutant qu'elle n'en avait "jamais douté". Enumérant ce qu'elle considère comme les échecs du gouvernement, Mme Royal a résumé: "c'est le bilan de la politique de la droite et c'est le bilan de Nicolas Sarkozy".

"Depuis longtemps, nous réclamions que Nicolas Sarkozy, qui a une fâcheuse tendance à mélanger son rôle de ministre et de candidat, quitte son poste", a lancé Dominique Strauss-Kahn (PS). "Ca fait très longtemps qu'on attend" ce départ, a réagi Dominique Voynet, candidate des Verts. La gauche dénonçait avec vigueur le "mélange des genres" des fonctions de ministre et de candidat. A droite, Philippe de Villiers, candidat MPF, a vu en Nicolas Sarkozy "un Chirac miniaturisé, son clone : des promesses de droite, une politique de gauche".

L'annonce de ce départ intervient alors que M. Sarkozy reste favori dans les sondages, donné vainqueur au second tour contre Mme Royal par 62 des 63 sondages réalisés après son intronisation par son parti le 14 janvier. Le champion UMP doit faire face à la percée spectaculaire de François Bayrou, même si le candidat UDF, devenu le "troisième homme", marque le pas dans les dernières enquêtes.

Bientôt candidat à plein temps, M. Sarkozy entend, au cours des prochaines semaines, multiplier réunions publiques, interventions dans les médias, déplacements. Jeudi et vendredi, il sera aux Antilles.