Dans une audition au Congrès attendue par toute l'Amérique, l'ancien directeur du FBI James Comey raconte ce jeudi, à 16h, les coulisses de son limogeage par Donald Trump, en particulier comment il a résisté aux pressions du président pour épargner l'un de ses proches conseillers.

Le contenu de son témoignage est déjà partiellement connu. La déclaration liminaire de M. Comey a été publiée mercredi sous la forme d'un minutieux récit de ses conversations avec le milliardaire depuis janvier, provoquant une déflagration politique.

Il y confirme ce qui avait fuité dans la presse: Donald Trump lui aurait demandé d'abandonner toute enquête sur Michael Flynn, son conseiller à la sécurité nationale évincé en février et inquiété pour n'avoir pas révélé le contenu de ses conversations avec l'ambassadeur russe aux Etats-Unis. James Comey avoue d'ailleurs qu'il a lui-même organisé la fuite à la presse de ses notes sur ses rencontres avec Trump.

L'ancien chef du FBI relate aussi en détails un dîner à la Maison Blanche, le 27 janvier, lors duquel Donald Trump lui aurait dit: "J'ai besoin de loyauté, je m'attends à de la loyauté". Une requête ambiguë adressée à l'homme qui supervisait à l'époque l'enquête du FBI sur une éventuelle collusion entre des membres de l'équipe de campagne de Donald Trump et la Russie.

James Comey dénonce le comportement de Trump dans l'enquête russe

James Comey a commencé par répondre que ce n'était pas son rôle de qualifier juridiquement les requêtes du président. A la question de savoir si le président ou l'administration lui avait demandé d'"arrêter" l'enquête menée par le FBI sur les ingérences russes, il a répondu "non". Mais il a jugé que les actions du dirigeant américain étaient "très dérangeantes", ne mâchant pas ses mots contre lui.

Il a dénoncé les explications changeantes du locataire de la Maison Blanche sur les motifs de son licenciement, et accusé l'administration de l'avoir "diffamé", défendant l'honneur du FBI, qu'il dirigeait depuis 2013. "Ce sont des mensonges purs et simples", a-t-il dit des propos tenus par l'administration à l'époque sur le mauvais état supposé de la police fédérale à son départ.

Il a confié aussi avoir "craint honnêtement que (Trump) ne mente sur la nature de nos rencontres". "C'est pourquoi j'ai pensé que c'était très important d'en garder la trace", a expliqué le policier, qui a consigné par écrit ses échanges avec le président dès leur première rencontre début janvier à la Trump Tower.

Des conversations enregistrées ?

L'ex-directeur du FBI a affirmé qu'il espérait bien que ses conversations avec le président avaient été enregistrées. "J'ai choisi mes mots avec soin. J'ai vu le tweet sur les enregistrements. J'espère bien qu'il y a des enregistrements", a déclaré M. Comey au cours d'une audition au Congrès sur l'ingérence russe dans l'élection présidentielle, où il répond aux questions des sénateurs - par le menu, avec une grande précision et un calme remarquable au regard des enjeux - sur ses différents entretiens avec le président des Etats-Unis.

A propos de Trump et Flynn : pas d'ordre explicite, mais "je l'ai interprété comme une instruction"

Donald Trump n'a pas explicitement demandé à l'ex-chef du FBI d'abandonner l'enquête sur son ancien proche conseiller Michael Flynn, mais James Comey a pris les paroles du président américain "comme une instruction", a-t-il affirmé jeudi lors d'un témoignage choc.

Interrogé par la sénatrice démocrate Dianne Feinstein sur les propos de Donald Trump qu'il avait rapportés dans ses propos écrits - "J'espère que vous pourrez trouver une façon d'abandonner cela, de lâcher Flynn -, un personnage central de l'affaire russe, M. Comey en a justifié la pertinence: "La raison pour laquelle je continue de dire ces mots c'est que je l'ai interprété comme une instruction", a-t-il déclaré.