Soulevée au printemps dernier alors que la répression chinoise battait son plein au Tibet, la question du boycott de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympique par les chefs d'Etat et de gouvernement étrangers a été évacuée assez rapidement.

Certes, plusieurs grosses pointures européennes - l'Allemande Merkel, le Britannique Brown, l'Italien Berlusconi et l'Espagnol Zapatero - brilleront par leur absence, cet après-midi dans les gradins du "Nid d'oiseau". En revanche, le président américain Bush, le Français Sarkozy (par ailleurs président en exercice de l'Union européenne), le Brésilien Lula, le Premier ministre russe Poutine et le Japonais Fukuda, pour ne citer qu'eux, honoreront l'invitation lancée par le régime chinois. Suite à un arrangement biscornu dont notre royaume a le secret, le prince Philippe représentera la Belgique tandis que le Premier ministre Yves Leterme sera présent "à titre privé".

Ménager la chèvre et le chou

Les leaders mondiaux ne peuvent néanmoins pas se permettre de rallier Pékin en faisant comme si, en Chine, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Les gestes et déclarations de George W. Bush et Nicolas Sarkozy sont scrutés par l'opinion publique internationale, aussi les deux présidents sont-ils contraints de se livrer à un exercice de funambulisme diplomatique : réclamer de leurs hôtes chinois un peu de souplesse dans le domaine des droits de l'homme, sans les froisser pour autant.

Avant de rejoindre la ville olympique, M. Bush a ainsi prononcé, à Bangkok, un discours étonnament ferme à l'égard du pouvoir chinois, déclarant "que les Etats-Unis estiment que le peuple de Chine a droit aux libertés fondamentales [...]". Et de préciser que "l'Amérique est vivement opposée à la détention par la Chine de dissidents politiques, de défenseurs des droits de l'homme et de militants religieux". Bien qu'en Thaïlande, M. Bush ait enrobé ses propos de sucre, en vantant l'essor économique de la Chine, ses déclarations ont provoqué l'ire de Pékin. Le porte-parole des Affaires étrangères, Qin Jang , a exprimé l'opposition chinoise "à toute déclaration ou action qui interfère dans les affaires intérieures d'un autre pays au nom des droits de l'homme ou de la religion".

Côté français, Nicolas Sarkozy a affiché un profil bas, à la veille de son départ. S'attirant une volée de bois vert de la part de ceux qui l'accusent d'opérer une courbe rentrante, il a indiqué qu'il ne recevrait pas le dalaï lama lors de son prochain passage en France, alors qu'il n'excluait pas cette possibilité quelques mois plus tôt.

Le président français a voulu éviter de raviver les tensions nées entre Paris et Pékin, lorsqu'il avait conditionné sa présence à la cérémonie d'ouverture à la reprise d'un dialogue sino-tibétain. Le leader spirituel tibétain en exil - qui sera néanmoins reçu par l'épouse du président, Carla Sarkozy-Bruni, en tant que chef religieux - n'a d'ailleurs pas sollicité d'entretien avec l'Elysée "pour garantir la progression du dialogue" avec les autorités chinoises, précise-t-on à l'UMP, le parti de la majorité présidentielle.

En revanche, répondant aux suppliques des organisations de défenses des droits de l'homme et de l'eurodéputé vert Daniel Cohn-Bendit, le locataire de l'Elysée a transmis, jeudi, aux autorités chinoises une liste de cas individuels de prisonniers et défenseurs des droits de l'homme. Et selon l'ancien Premier ministre Raffarin, il évoquera les droits de l'homme lors des entretiens qu'il aura avec le président chinois Hu Jintao et le Premier ministre Wen Jiabao

L'art de ménager la chèvre et le chou est une discipline olympique.