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Décrit comme courageux voire téméraire par ses collègues, le photo-journaliste britannique John Cantlie présente la particularité d'avoir été enlevé non pas une - mais deux fois en Syrie par les jihadistes de l'Etat islamique (EI) dont il est aujourd'hui l'otage.

Certains le croyaient mort, il est réapparu pâle, fatigué et vêtu d'une combinaison orange jeudi dans une vidéo de l'organisation EI où il s'exprime seul face à la caméra depuis un lieu non-identifié.

Parlant avec un débit lent et calme, en anglais sous-titré en arabe, il se dit prisonnier, critique le gouvernement britannique, et annonce de "prochains épisodes" au cours desquels il dévoilera "la vérité sur les motivations de l'EI".

Il n'y a aucune menace apparente contre sa vie, contrairement aux trois précédentes vidéos diffusées par l'EI montrant l'exécution de deux journalistes américains et d'un humanitaire britannique, en représailles aux frappes américaines contre ses positions en Irak.

John Cantlie, 43 ans, était justement avec l'un des journalistes américains décapités, James Foley, lorsque les deux hommes ont été enlevés en novembre 2012 en Syrie.

Fou de sports extrêmes, John Cantlie a commencé sa carrière en couvrant des courses à moto, avant de se reconvertir comme journaliste de guerre freelance, collaborant avec le Sunday Times, The Sun et le Sunday Telegraph, ainsi qu'avec l'AFP.

Il s'est rapidement fait un nom et une réputation de courage extrême, notamment en Libye où il a couvert la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Souvent en première ligne, il y a été blessé par des éclats de shrapnel lors de combats à Syrte.

Après un détour par l'Afghanistan, il s'est consacré au conflit syrien en prenant là encore beaucoup de risques.

Il a été enlevé avec un collègue néerlandais en juillet 2012, à trois kilomètres de la frontière turque, quelques heures seulement après être entré en territoire syrien, par des jihadistes de l'EI, dont plusieurs étaient britanniques, assurera-t-il plus tard.

Yeux bandés, il a été menacé de mort à plusieurs reprises. "A un moment ils ont même commencé à aiguiser des couteaux pour une décapitation. C'était terrifiant", dira-t-il à la BBC.

Au deuxième jour, les deux journalistes ont tenté de s'évader. L'aventure tourne mal. Ils sont rattrapés et John Cantlie se retrouve avec une balle dans le bras.

"J'ai fini par courir pour ma vie, pieds nus et menotté, alors que des jihadistes britanniques - des jeunes avec l'accent sud-londonien - tiraient pour tuer. Ils pointaient leurs kalachnikovs contre un journaliste britannique. Des Londoniens contre un Londonien, au milieu d'un paysage rocailleux ressemblant aux Highlands écossais", allait-il écrire dans son témoignage livré au Sunday Times.

Quelques jours plus tard, John Cantlie a été libéré, tout comme son collègue néerlandais, blessé lui à la hanche, par des combattants de l'Armée syrienne libre.

Secoué par l'épisode, il allait pourtant rapidement retourner en Syrie. Pour être de nouveau enlevé quatre mois plus tard et de disparaître cette fois pendant près de deux ans.