"Ca n'est pas acceptable qu'on puisse espionner les amis, les alliés, les partenaires", a déclaré le président de la Commission européenne à la Radio Télévision Suisse, en réaction aux révélations d'espionnage des Etats-Unis. "Le droit à la vie privée est un droit fondamental", a-t-il aussi déclaré, précisant que la Commission européen avait déjà pris des directives concernant la protection des données avant l'éclatement du scandale de la NSA. "Lutter contre le terrorisme est un bien indispensable mais il faut respecter certaines règles'", conclut-il.

La pression monte pour les Etats-Unis

Lundi, la tempête provoquée par les écoutes de la NSA en Europe continuait d'alimenter la polémique dans les pays concernés, en particulier en Allemagne, où les révélations sur l'espionnage présumé d'un téléphone portable de la chancelière ont créé un choc.

Les députés allemands auront le 18 novembre une séance extraordinaire consacrée à cette affaire. Pour le moment, l'Allemagne compte envoyer cette semaine aux Etats-Unis une délégation de hauts représentants de ses services de renseignement afin d'"avancer dans les discussions avec la Maison blanche et la NSA sur les allégations récemment évoquées", selon le porte-parole adjoint de la chancelière, Georg Streiter.

L'Espagne a quant à elle réclamé lundi aux Etats-Unis des explications sur des écoutes téléphoniques présumées.

Pendant ce temps, une délégation du Parlement européen est arrivée pour trois jours aux Etats-Unis, pour des discussions portant sur "l'impact des programmes de surveillance sur les droits fondamentaux des citoyens de l'UE, en particulier le droit à la vie privée".

"Notre confiance est ébranlée", a déclaré l'Allemand Elmar Brok, président de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, à l'issue d'une rencontre avec des élus américains. "Il n'est pas acceptable, par exemple, que la chancelière Merkel et d'autres aient été espionnés pendant plus de 10 ans", a-t-il poursuivi.

"Réexamen majeur" des opérations américaines d'espionnage exigé

La responsable de la puissante commission du Renseignement du Sénat américain a indiqué lundi être farouchement opposée à l'espionnage de dirigeants alliés des Etats-Unis et va lancer "un réexamen majeur" des opérations américaines d'espionnage.

"Il m'apparaît clairement que certaines activités de surveillance ont été menées pendant plus de 10 ans sans que la commission sénatoriale sur le Renseignement n'en soit informée de manière satisfaisante", a déclaré la démocrate Dianne Feinstein. "Le Congrès a besoin de savoir exactement ce que notre communauté du renseignement fait", a-t-elle ajouté. "A ce titre, la commission va lancer un réexamen majeur de tous les programmes d'espionnage".

"En ce qui concerne la collecte de renseignement sur les dirigeants des alliés des Etats-Unis --dont la France, l'Espagne, le Mexique et l'Allemagne-- je le dis sans équivoque: j'y suis farouchement opposée".

"A moins que les Etats-Unis ne soient engagés dans un conflit avec un pays ou qu'il y ait un besoin urgent pour ce type de surveillance, je ne pense pas que les Etats-Unis devraient recueillir des données sur les appels téléphoniques ou les emails de présidents ou de Premiers ministres amis", a poursuivi l'influente sénatrice démocrate.

"D'après les éléments dont je dispose, le président Obama n'était pas informé du fait que les communications de la chancelière Angela Merkel étaient recueillies depuis 2002. C'est un gros problème", a-t-elle ajouté.