Le président élu de la Commission, Jean-Claude Juncker, estime que la plaisanterie a assez duré. La Belgique est, à ce jour, le seul Etat membre à ne pas lui avoir proposé de candidat commissaire. Ce qui “paralyse l’Europe”, a pesté le chef du prochain exécutif européen, lors de la discussion qu’il a eue avec les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union sur la composition de la Commission, samedi soir, à Bruxelles. C’est que l’ex-Premier ministre grand-ducal doit présenter sa liste de commissaires aux Vingt-huit pour approbation dans les jours à venir. Et que ceux-ci doivent se prononcer sur une liste comprenant vingt-huit noms. Pas vingt-sept.

A l’issue du sommet européen, le Premier ministre belge Elio Di Rupo a dit sa peine “de voir la Belgique être montrée du doigt comme étant le mauvais élève de l’Europe” – pourquoi se priver d’une occasion d’éreinter la probable future coalition suédoise, dont les socialistes sont exclus ? Le chef du gouvernement belge en affaires courantes a précisé qu’il avait informé les coformateurs Charles Michel (MR) et Kris Peeters (CD&V) du rappel à l’ordre de Jean-Claude Juncker. Qui a exigé de la Belgique qu’elle lui soumette un, ou des noms, “dans les trois jours”, a confirmé Elio Di Rupo.

Mais avant cela, il faudra que le gouvernement fédéral avalise la sélection des probables coalisés CD&V/MR/Open VLD/NV-A, a souligné le Premier ministre. Sans exclure explicitement que le gouvernement pourrait mettre son veto à un nom qui ne lui conviendrait pas – “en politique, j’en ai déjà vu”, a-t-il glissé. Ce scénario, cela dit, est improbable, car il dégraderait plus encore l’image de la Belgique au niveau européen.

“Les autres négocient déjà les portefeuilles”

Elio Di Rupo affirme que Jean-Claude Juncker ne lui a pas fait part d’une quelconque préférence entre le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders (MR), l’actuel commissaire au Commerce, Karel De Gucht (Open VLD) ou l’eurodéputée Marianne Thyssen (CD&V). Même si l’on sait que le président élu de la Commission a beaucoup d’estime pour cette dernière, membre de sa famille politique, le Parti populaire européen.

De plus, lors de sa discussion avec les dirigeants des Vingt-huit, Jean-Claude Juncker a averti qu’il ne se contenterait pas de “six ou sept femmes” pour sa Commission – six seulement ont été officiellement désignées par leur Etat membre jusqu’ici. D’autant qu’une Commission qui compterait moins de femmes que l’exécutif actuel – neuf – n’aurait aucune chance d’être investie par le Parlement européen. Mais dans le même temps, les libéraux européens s’estiment sous-représentés dans la Commission en formation. Le chef de file libéral au Parlement européen, Guy Verhofstadt, n’a de cesse de le rappeler, comme pour mieux souligner que le soutien de ses troupes sera indispensable lorsque les eurodéputés devront voter sur la composition du collège des commissaires.

Quoi qu’il en soit, la Belgique pourrait payer ses atermoiements, a prévenu Elio Di Rupo, soulignant que les autres Etats membres “n’attendent pas la Belgique pour négocier l’attribution des portefeuilles”. Sous-entendu : le risque existe qu’au final, le commissaire désigné belge ne se voie confier qu’un maroquin mineur par le président Juncker.