Les membres de son ethnie tadjike comptent marquer lundi l'anniversaire de sa mort avec force discours et manifestations propres à entériner un culte de la personnalité auquel s'attachent des intérêts politiques.

Dans Kaboul, le visage de Massoud est partout. Ses yeux en amande, son nez allongé, sa fine barbe et son front ridé sous un turban de laine ornent carrefours et devantures des magasins de la capitale et des villages de la vallée du Panchir, son fief.

Lundi, un portrait géant du commandant assassiné sera déployé dans le principal stade de Kaboul, où les plus hautes autorités du pays viendront célébrer sa mémoire. Jusqu'à 20.000 personnes sont attendues sur sa tombe à Bazarak, au milieu des montagnes du Panchir qu'il avait transformées en forteresse contre l'occupation soviétique dans les années 80 et contre le régime taliban jusqu'en 2001.

Mais si le "Lion du Panchir" a été un guide pour les hommes qui ont combattu à ses côtés, il ne suscite pas l'admiration de tous les Afghans dans un pays rongé par des rivalités ethniques et des rancoeurs tenaces.

LES PANCHIRIS EN RAJOUTENT

Les Tadjiks, qui ont aidé les Etats-Unis lors de leur offensive militaire contre le régime taliban, occupent la plupart des postes clés au sein du nouveau gouvernement. Cette répartition des postes a suscité le mécontentement de nombreux Pachtounes, l'ethnie majoritaire du pays, peu enclins en outre à fêter un homme impliqué dans les luttes intestines qui avaient ensanglanté Kaboul au début des années 1990. "Les Panchiris en rajoutent énormément dans les célébrations centrées sur Massoud et cela divise plus que cela ne guérit la société", estime Ahmed Rashid, observateur afghan installé au Pakistan.

Un haut diplomate occidental en poste à Kaboul dit craindre, sous le couvert de l'anonymat, que les Tadjiks ne profitent de l'anniversaire de la mort de Massoud pour renforcer leur position au sein du gouvernement et tenter d'écarter le président Hamid Karzai, un Pachtoune. "Massoud lui-même ne divisera pas la société, mais il risque d'être utilisé par certains membres du gouvernement au profit de leur programme propre, ce qui pourrait amorcer des divisions", déclare ce diplomate.

HEROS ETERNEL

Le ministre de la Défense, Mohammad Qasim Fahim, dément fermement les rumeurs qui font de lui un rival de Karzaï, sans convaincre les diplomates étrangers. L'ancien responsable du renseignement du commandant Massoud serait le remplaçant tout désigné du président afghan, si celui-ci venait à disparaître.

Pour ses partisans, Massoud possédait le charisme nécessaire pour devenir président et sortir l'Afghanistan de la violence dans laquelle il est plongé depuis des décennies. "C'était le chef naturel de ce pays. Il présentait les caractéristiques d'un chef", affirme Massoud Khalili, mentor du commandant qui était présent à ses côtés lorsque celui-ci fut assassiné.

Karzaï, pour sa part, a participé à un colloque sur Massoud samedi à Kaboul avant de se rendre sur la tombe de celui qu'il a décrit comme un "héros éternel".