Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a appelé lundi les Etats-Unis à oeuvrer pour convaincre les autorités ukrainiennes à respecter leurs engagements pris à Genève afin de mettre fin à l'escalade dans la crise que traverse le pays.

Lors d'une conversation téléphonique avec son homologue américain John Kerry, M. Lavrov "a demandé au secrétaire d'Etat d'agir sur Kiev afin que les têtes brûlées ne provoquent pas un conflit sanglant et d'encourager les dirigeants ukrainiens à remplir strictement leurs obligations", a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

Il a également demandé à son homologue russe de nommer un diplomate de haut rang pour travailler avec la mission d'observation de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) afin de montrer de façon "absolument claire que la Russie soutient l'accord (de Genève) et veut une désescalade", a relaté la porte-parole.

Lavrov : "L'accord de Genève n'est pas respecté"

Les autorités de Kiev "enfreignent grossièrement" l'accord de Genève, qui prévoit notamment le désarmement des groupes armés illégaux et l'évacuation des bâtiments occupés dans les villes ukrainiennes, dans la capitale comme dans l'Est, a estimé lundi le ministre russe des Affaires étrangères.

"Non seulement, l'accord de Genève n'est pas respecté mais des mesures sont prises, notamment par ceux qui se sont emparés du pouvoir à Kiev, qui l'enfreignent grossièrement", a déclaré Sergueï Lavrov, lors d'une conférence de presse.

Les autorités de Kiev "déclarent ouvertement que l'accord de Genève ne s'applique pas au Maïdan car l'administration de la ville de Kiev a décidé que ce lieu pouvait être préservé et qu'il était légitime. C'est tout à fait inacceptable", a-t-il expliqué.

M. Lavrov faisait alors référence à une place centrale de la capitale, haut lieu du mouvement de contestation qui a renversé en février le régime pro-russe du président Viktor Ianoukovitch et sur lequel des manifestants campent toujours au milieu de barricades.

Russie et Etats-Unis s'accusent mutuellement d'ingérence et d'absence de volonté pour appliquer l'accord de Genève, depuis sa signature jeudi.

Les Etats-Unis, qui estiment que Moscou se trouve derrière les troubles en Ukraine, ont appelé la Russie à faire pression sur les insurgés pro-russes, qui gardent encore le contrôle de l'administration régionale de Donetsk mais aussi de nombreuses mairies dans la région, pour qu'ils respectent l'accord et menacé de nouvelles sanctions.

"Les tentatives d'isoler la Russie sont vaines, car isoler la Russie du reste du monde est impossible," a rétorqué lundi M. Lavrov.

"Tout d'abord parce que nous sommes une grande puissance, indépendante et qui sait ce qu'elle veut. Et deuxièmement parce qu'une écrasante majorité de pays ne veulent pas isoler la Russie", a-t-il ajouté.

Joe Biden attendu ce lundi à Kiev

Une fusillade meurtrière dimanche, le jour de Pâques, en périphérie de Slaviansk contrôlée par des forces armées pro-russes, a brusquement refroidi les espoirs de règlement de la crise nés de l'accord conclu à la surprise générale jeudi à Genève entre Russes, Ukrainiens et Occidentaux.

L'attaque, qui a fait cinq morts selon les séparatistes et trois selon Kiev, a provoqué l'indignation de Moscou, qui a dénoncé le sort des "victimes innocentes". Elle a poussé le maire autoproclamé de la ville, Viatcheslav Ponomarev, à demander solennellement au président russe d'envoyer des forces de "maintien de la paix" dans la région russophone, ou au moins des armes pour repousser les paramilitaires nationalistes qui selon lui menacent la population.

Cet appel à Moscou, qui a reconnu avoir massé des troupes à la frontière, rappelle celui des dirigeants de la Crimée au président russe avant le référendum conduisant à son rattachement à la Russie.

Depuis la perte par Kiev de la Crimée, les Etats-Unis et l'Union européennes ont appliqué des sanctions contre de hauts-responsables russes et Washington menace de nouvelles mesures s'attaquant cette fois à des pans entiers de l'économie russe, déjà confrontées à des fuites massives de capitaux et au bord de la récession.

Premier haut responsable américain en visite en Ukraine depuis le secrétaire d'Etat John Kerry le 4 mars, Joe Biden doit atterrir à Kiev peu après 12H00 GMT. Le vice-président américain, qui s'est fortement impliqué dans la crise politique en Ukraine depuis son éclatement en novembre, doit rencontrer mardi le président par intérim Olexandre Tourtchinov et le Premier ministre Arseni Iatseniouk.

"Le monde a des raisons de s'inquiéter des intentions de Poutine", a lancé M. Iatseniouk à la télévision américain NBC diffusé dimanche: "La fédération de Russie a sapé la stabilité internationale". "Il est évident aujourd'hui que la Russie est une menace pour le monde, pour l'Union européenne et pour l'Ukraine", a ajouté le dirigeant ukrainien.

Absence de volonté pour appliquer l'accord de Genève

Le voyage de M. Biden ne devrait pas manquer d'irriter Moscou. Russie et Etats-Unis s'accusent mutuellement d'ingérence et d'absence de volonté pour appliquer l'accord de Genève, qui prévoit notamment le désarmement des groupes paramilitaires, nationalistes ou séparatistes, et la libération de bâtiments publics, à Kiev comme dans l'Est.

Les insurgés pro-russes ont fait fi de ce texte et gardent le contrôle de l'administration régionale de Donetsk mais aussi de nombreuses mairies dans la région.

A Slaviansk, ils sont renforcés par des hommes armés de fusils d'assaut de pointe, voire de lance-roquettes, cagoulés et en uniforme sans insigne qui, selon Kiev, appartiennent aux forces spéciales russes.

Après avoir demandé dimanche l'aide de Moscou, qui n'a pas réagi, le maire Viatcheslav Ponomarev a décrété un couvre feu de minuit à six heures. La première nuit sous ce régime s'est passée dans le calme, a constaté sur place l'AFP.

Crédit : AFP

Poutine signe un décret sur la réhabilitation des Tatars de Crimée

Le président russe Vladimir Poutine a annoncé lundi avoir signé un décret sur la réhabilitation des Tatars de Crimée en tant que peuple réprimé sous Staline, un geste en faveur de cette minorité musulmane qui s'est montrée hostile au rattachement à la Russie.

"Je tiens à vous informer que j'ai signé un décret sur la réhabilitation des Tatars de Crimée, des Arméniens, des Allemands, des Grecs, de tous ceux qui ont souffert sous la répression stalinienne", a-t-il annoncé au début d'une réunion gouvernementale.

Les Tatars de Crimée, qui représentent environ 12% de la population de la péninsule située au sud de l'Ukraine, ont largement boycotté le référendum du 16 mars qui a abouti au rattachement de la Crimée à la Russie.

Cette communauté se méfie de Moscou depuis que Joseph Staline, qui les accusait d'avoir collaboré avec les Allemands, a ordonné leur déportation en masse de la Crimée vers l'Asie centrale à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Ils n'ont été autorisés à retourner en Crimée qu'après la perestroïka, à la fin de l'époque soviétique. L'Ukraine n'a jamais adopté de loi sur leur réhabilitation, et les Tatars sont toujours confrontés à des questions de propriété de la terre notamment.

La Russie a adopté en 1991 une loi de réhabilitation des peuples réprimés, qui accorde le droit à des indemnisations.

Vladimir Poutine s'était engagé à faire des gestes en faveur des Tatars de Crimée, communauté forte aujourd'hui d'environ 300.000 personnes, à la suite du rattachement de la péninsule à la Russie en mars.

La Russie fait fermer quatre banques en Crimée

Moscou a fait fermer quatre banques de Crimée qui ne respectaient par leurs obligations, a annoncé lundi la Banque centrale de Russie. Des clients s'étaient plaints de ne pouvoir effectuer ni retraits ni virements. La Russie a garanti la protection de 700.000 roubles par compte, soit quelque 14.200 euros, aux habitants de la péninsule. Les banques ukrainiennes ont l'autorisation de continuer à travailler jusqu'au 1er janvier 2015 sans licence russe si elles respectent leurs obligations, a précisé le vice-directeur de la Banque centrale.

Les banques russes envisagent d'ouvrir plus de 200 filiales en Crimée à la fin du mois d'avril.