Le président iranien Mohammad Khatami a demandé mercredi l’extradition des Moudjahidine du peuple interpellés la veille près de Paris et a dit attendre des Etats-Unis qu’ils prennent exemple sur la France.

«Dans la mesure où la République islamique a été la victime des agissements de ces gens, sa demande naturelle, c’est qu’ils soient jugés là où ils ont commis leurs crimes, ou bien le plus grand nombre de leurs crimes », a déclaré le président iranien devant la presse.

La France «a respecté ses engagements en tant que membre de l’Union européenne qui a déclaré ce groupe terroriste, c’est ce que nous attendions de sa part », a-t-il ajouté.

Mais, a-t-il poursuivi, «si nous voulons lutter contre le terrorisme, cette lutte doit être globale ». «Nous avons la même attente vis-à-vis des Etats-Unis qui ont eux aussi déclaré ce groupe terroriste », a-t-il dit, «malheureusement l’attitude des Américains à l’égard de ce groupe en Irak est suspecte et nous laisse soupçonner, malgré leurs affirmations, qu’ils peuvent l’utiliser contre nous ».

Les autorités iraniennes ont pris leur temps pour réagir, sans épanchement d’enthousiasme, au coup de filet lancé en France contre les Moudjahidine, les pires ennemis de la République islamique, coupables selon elle des actes terroristes les plus sanglants et de complicité avec le dictateur irakien Saddam Hussein aujourd’hui déchu.

Pourtant, depuis mardi, les «hypocrites » (l’appellation officielle des Moudjahidine), désarmés en Irak par les Américains, ne disposent plus de leur centre opérationnel mondial dans la région parisienne, à en croire les enquêteurs français.

C’est la presse iranienne qui s’est chargée de réclamer la première l’extradition. Mais, en retour, écrivait le quotidien conservateur Jomhouri-e-Eslami, les dirigeants français, qui ont été les premiers à accueillir les Moudjahidine après 1980, qui les ont soutenus et ont «trahi » les Iraniens, «ne doivent rien attendre de la République islamique ».

La question d’une éventuelle contre-partie iranienne s’est immédiatement posée après l’opération de mardi, en même temps que les interrogations sur le moment choisi.

L’Iran est actuellement soumis à une pression croissante de la communauté internationale qui lui réclame des garanties sur la vocation pacifique de son programme nucléaire et sur sa détermination à combattre le terrorisme international.

Les Français ont assuré qu’il s’agissait d’empêcher les Moudjahidine d’installer leur «base arrière » dans l’Hexagone et de mettre fin à des «activités illégales et dangereuses ». Ils ont réfuté tout lien avec les tensions diplomatiques, en faisant valoir que l’enquête était en cours depuis avril 2001 et en protestant de l’indépendance de la justice.

Cependant, l’acte judiciaire par lequel le ministère français de la Justice a demandé au magistrat d’étendre ses investigations date du 12 juin.

L’Iran, de nouveau accusé par Washington d’abriter des membres du réseau terroriste Al-Qaïda et pressé par l’Union européenne de donner des gages de son engagement antiterroriste, a souvent opposé aux Occidentaux leur propre soutien aux Moudjahidine, qui ont ou avaient pignon sur rue aux Etats-Unis et en Europe. La suspicion s’est renforcée contre l’Iran depuis qu’il a reconnu en mai détenir une «poignée » de membres d’Al-Qaïda.

«Il serait simpliste de considérer comme politiques les arrestations d’hier », observait un diplomate européen, «et la justice française n’apprécierait sûrement pas d’être présentée comme l’instrument du Quai d’Orsay ».

«Mais ce que les Européens demandent et vont continuer à demander, c’est que l’Iran montre plus de transparence sur Al-Qaïda, de ce point de vue l’opération de la justice française a valeur d’exemple », a-t-il ajouté.