Des soldats birmans ont tiré sur des détenus lors du passage du cyclone Nargis, dans la nuit du 2 au 3 mai, et ont tué un certain nombre d'entre eux, a révélé vendredi le nouveau rapporteur spécial de l'Onu pour les droits de l'homme en Birmanie, l'Argentin Tomas Ojea Quintana. Des abus qui flétrissent un peu plus l'image de la junte au pouvoir alors qu'un mois après la catastrophe, des villages entiers n'ont toujours reçu aucune aide, confirment des journalistes de l'agence Reuters qui ont pu visiter plusieurs d'entre eux.

Selon des informations recueillies par M. Quintana (entré en fonction en mai, il n'a pas encore été autorisé à se rendre en Birmanie), plusieurs toits en zinc de la prison d'Insein, où la détention de prisonniers politiques est notoire, ont été arrachés par le cyclone. Des détenus ont été pris de panique quand on a voulu les regrouper de force dans le hall principal de l'établissement pénitentiaire, qui avait été verrouillé. Pour ramener le calme, des policiers et des soldats ont été appelés en renfort et ils n'ont pas hésité à ouvrir le feu.

M. Quintana a demandé aux autorités birmanes une enquête sur cet incident qui aurait fait un nombre indéterminé de morts, mais il est douteux qu'il reçoive prochainement une réponse. Le régime militaire est, en effet, engagé dans une nouvelle campagne hystérique de dénigrement des médias étrangers et de leurs "complices" à l'intérieur du pays.

"Les agences de presse étrangères publient des histoires sans fondement avec l'intention de ternir l'image et de tromper la communauté internationale en laissant croire que les victimes du cyclone ne reçoivent pas d'assistance", écrit vendredi l'organe de propagande en langue anglaise de la junte "New Light of Myanmar". Le journal fustige tout autant "les actes méprisables et inhumains de groupes antigouvernementaux locaux ou étrangers et d'individus égocentriques"...

Les militaires n'ont toléré qu'au compte-gouttes les agents humanitaires et les journalistes étrangers. Encore leurs témoignages irritent-ils les généraux birmans au plus haut point. L'un d'eux avait osé, il y a huit jours, dénoncer la communauté internationale, jugée scandaleusement avare de son aide, et presser ses compatriotes de "manger des grenouilles", plutôt que d'accepter "les barres de chocolat" que les étrangers, selon lui, étaient seulement capables d'offrir...