Dans une opération éclair, l’armée irakienne a repris lundi aux peshmergas kurdes l’importante ville pétrolifère de Kirkouk, conséquence directe du référendum d’indépendance organisé par le Kurdistan le 25 septembre dernier. Cette offensive menée au nom de l’unité nationale par le Premier ministre irakien Haider al-Abadi est une "déclaration de guerre", a déclaré le commandant en chef des combattants kurdes.

Les forces irakiennes - qui sont équipées de matériel américain et ont été entraînées par plusieurs pays occidentaux, dont la Belgique - ont reconquis plusieurs champs pétroliers, la base militaire K1 ainsi que le siège du gouvernorat à Kirkouk. En début de soirée lundi, elles se trouvaient dans le centre de la ville.

Elles ont rencontré peu de résistance sur leur chemin, les miliciens kurdes de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) s’étant retiré du sud de la ville sans combattre.

Kirkouk est une ville aux deux tiers kurde, qui compte également 20% de Turkmènes et 12% d’arabes musulmans ou de chrétiens. Les six champs pétroliers de la province assurent 40% des exportations pétrolières de la région autonome du Kurdistan. Leur perte pourrait constituer un nouveau choc pour l’économie kurde irakienne, déjà en crise, et désormais frappée d’un début d’embargo.

La ville et ses 850 000 habitants se trouvent aussi dans les territoires disputés entre Erbil, la capitale régionale du Kurdistan, et Bagdad. Ces territoires forment une longue bande de près de 1000 km de long entre la frontière syrienne au nord et celle de l’Iran au sud, où se trouvent de nombreuses réserves de pétrole et de gaz naturel. Y vivent aussi, notamment dans la plaine de Ninive, des minorités qui sont pris en étau entre les revendications kurdes et irakiennes.

Les Kurdes ne se satisfont pas du territoire qui leur a été octroyé après la première guerre du Golfe en 1990 et confirmée dans la Constitution de 2005. Ils estiment que près d’1,2 million de Kurdes en sont exclus, répartis dans ces territoires contestés. A la faveur de l’effondrement de l’armée irakienne, lors de l’offensive de l’Etat islamique (EI) en juin 2014, ils ont donc pris position sur des territoires qui ne leur avaient pas été attribués.

Lundi, des milliers d’habitants de Kirkouk fuyaient en voiture la ville, craignant les affrontements. "Nous vivions en paix mais les politiciens ne nous veulent aucun bien, ni à Bagdad, ni à Erbil. Ils se sont affrontés pour le contrôle du pétrole et les victimes, c’est nous les habitants de Kirkouk", s’est emporté l’un des habitants, Himen Chouani, 65 ans, parti avec sa famille et interrogé par le correspondant de l’AFP.

Autant la réputation de combattants des peshmergas n’est plus à faire, autant celle des milices chiites, qui épaulent l’armée irakienne, fait craindre des bavures contre les civils. Haider al-Abadi, commandant en chef des armées, a évoqué des "directives strictes" pour protéger les civils et justifie cette offensive "pour protéger l’unité du pays, qui est en danger de partition". Les électeurs kurdes se sont prononcés à 93% en faveur de l’indépendance.

Les Etats-Unis ont décidé de rester neutres face à cette division interne du pays tandis que les diplomates de la coalition internationale tentent d’éteindre l’incendie qui couve. "Toutes les parties doivent rester concentrées sur la lutte contre notre ennemi commun, l’EI, en Irak", a déclaré la coalition dans un communiqué.

De son côté, la Turquie trépigne. Elle a offert sa "coopération" au gouvernement de Bagdad, avec le but d’empêcher les Kurdes de créer un Etat indépendant à ses portes. L’armée turque est présente tant en Syrie qu’en Irak. L’autre grand voisin, l’Iran, déploie ses conseillers militaires et finances des milices dans les deux pays également.