L'attaque au colis piégé de Lyon peut-elle avoir un effet sur le résultat des élections européennes dimanche? Les experts en doutent à ce stade.

"On ne sait pas qui est l'auteur, il n'y a pas un ouragan médiatique, et plus d'exploitation partisane possible", la campagne officielle étant terminée depuis vendredi soir, souligne à l'AFP Sylvain Brouard, directeur de recherche au Cevipof.

Les responsables politiques ont dit vendredi soir leur soutien aux 13 blessés légers ou demandé que "toute la lumière" soit faite. De son côté, le chef de LFI Jean-Luc Mélenchon a jugé que l'auteur de cet "attentat" l'a commis dans "l'idée de peser sur le vote qui a lieu dans 48 heures et de le défigurer par la peur".

Mais a priori cet événement "ne changera pas la donne", considère Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop, alors que Rassemblement national et LREM font la course en tête, d'après les sondages.

Même l'assassinat revendiqué par l'EI du policier Xavier Jugelé sur les Champs-Elysées en avril 2017, trois jours avant le premier tour de la présidentielle, n'avait "pas fait bouger les lignes". Seuls 4% des électeurs déclaraient alors à la veille du scrutin qu'ils pouvaient changer leur vote, rappelle-t-il.

Après les attentats de novembre 2015 notamment au Bataclan, peu avant les élections régionales, 8% étaient dans ce cas.

La vague d'attentats à cette période a eu cependant "un impact fort sur les préoccupations sécuritaires" des Français, relève Sylvain Brouard: cela a favorisé les partis traditionnellement sur ce créneau ainsi que "l'exécutif en place", dans un réflexe légitimiste.

Mais depuis, "les questions de terrorisme ont plutôt régressé dans l'actualité", le dernier attentat sur le sol français remontant à décembre à Strasbourg, observe Anne Jadot, maître de conférences en science politique.

C'est le thème de l'écologie qui a dominé la campagne des européennes, comme souvent pour ce scrutin aux enjeux non classiques.

Cette spécialiste des élections ne s'attend pas non plus à un regain de participation dimanche à l'élection: "il ne peut y avoir ce réflexe car on ne peut pas dire +la République est attaquée+" pour le moment.

"La crainte que l'on peut avoir, c'est que (l'auteur de l'attaque à Lyon) puisse repasser à l'acte", a estimé auprès de Cnews l'ex-député LR et ancien magistrat Georges Fenech.

Le gouvernement fait tout pour conjurer cette menace, qui pourrait faire voler en éclats les pronostics favorables. Dès vendredi soir, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a notamment demandé un renforcement de la sécurité des sites accueillant du public, ce qui pourrait se traduire par des patrouilles renforcées autour de certains bureaux de vote.