Elle était devenue une des voix d'un «islam moderne» luttant contre les archaïsmes perpétués par des dignitaires obscurantistes et machistes. La priorité de son combat allait d'ailleurs au sort des femmes dans les sociétés musulmanes, réduites trop souvent au statut de citoyens de seconde zone.

Son discours - trop rare de la part des musulmans modérés - était de nature à séduire le public d'Etats européens largement laïcisés et, singulièrement, les Pays-Bas, où, revenus de la société de tolérance longtemps en vigueur, nombre de citoyens s'interrogeaient sur cet islam extrémiste capable d'armer le meurtrier du cinéaste Theo van Gogh. Ainsi, Ayaan Hirsi Ali, députée du Parti libéral (VVD) d'origine somalienne, était-elle devenue une sorte d'icône du combat de la démocratie contre un islam politique rétrograde.

En quête d'asile

Las, son aura est désormais écornée. La «faute», qu'elle avait reconnue depuis longtemps mais dont la presse s'est à nouveau emparée ces dernières semaines pour démontrer qu'elle n'avait livré qu'une partie de la vérité, n'a à vrai dire rien à voir avec son combat de femme musulmane.

A son arrivée aux Pays-Bas en 1992, elle a menti sur son âge et sur son nom, pratique qui n'est pas rare de la part de désespérés en quête d'un avenir meilleur. Mais pour une députée ayant obtenu la nationalité néerlandaise par ce biais, le mensonge a eu valeur de trahison de la confiance placée en elle par des citoyens électeurs.

Le coup de grâce est venu, encore une fois, de la ministre de l'Immigration, Rita Verdonk, également du VVD, la pasionaria de l'immigration contrôlée, jusqu'à l'absurde, qui lui a fait savoir, lundi soir, qu'elle lui retirerait la nationalité néerlandaise.

Dans ces conditions, Ayaan Hirsi Ali a estimé qu'elle ne serait sans doute plus en sécurité dans son pays d'adoption. Les Etats-Unis lui offraient en revanche sécurité et emploi, au sein de l'American Enterprise Institute, un think tank ultraconservateur. Elle n'a dès lors pas hésité.

«Refaire mes valises»

Mardi, lors d'une conférence de presse à La Haye, Ayaan Hirsi Ali a annoncé qu'elle démissionnait de son mandat de députée, qu'elle quittait les Pays-Bas mais qu'elle n'abandonnait pas son combat. «Je m'en vais. Mais les questions restent. Les questions concernant l'islam dans notre pays. Je vais refaire mes valises», a-t-elle déclaré, la voix brisée. Et de poursuivre: «Je regrette de quitter les Pays-Bas, le pays qui m'a donné tant de chances et a enrichi ma vie. Mais je suis contente parce que je pourrai poursuivre mon travail».

Qu'elle ait fui le Kenya où sa famille somalienne était réfugiée et qu'elle ait émigré vers les Pays-Bas pour échapper à un mariage forcé n'est en effet pas contesté. Son combat, parfois entaché par un caractère excessif et provocateur, notamment à travers sa collaboration avec le cinéaste Théo van Gogh dans un film intitulé «Soumission», reste pleinement d'actualité.

© La Libre Belgique 2006