En dépit de la dramatisation en Russie, des turbulences sur les marchés et des craintes exprimées par le secteur bancaire européen, les Chypriotes ont célébré lundi le début du Carême orthodoxe par un jour de congé, allant les uns à la plage, les autres en famille jouer au traditionnel jeu du cerf-volant. Résignés et réalistes, les Chypriotes savent qu’ils n’ont pas le choix : ils n’échapperont pas à la taxe "one shot" imposée sur les dépôts bancaires à Chypre. Ils savent que leur pays a été mal géré, que l’économie a été gonflée artificiellement par un afflux de capitaux russes et britanniques, et que la dette doit être remboursée. Voilà pourquoi ils ont élu en février un président de droite, Nicolas Anastasiades, qui a eu l’honnêteté de leur dire durant la campagne qu’il serait un président de l’austérité. Il faut saluer ce courage politique.

Un calcul rapide permet de comprendre pourquoi la taxe n’est pas totalement insensée : un déposant taxé à 6,75 % sur un montant de 100 000 euros paiera 6 750 euros à titre exceptionnel. Or, au cours des dernières années, il a bénéficié d’un rendement artificiel de 5 % sur son compte de dépôt, bien plus qu’ailleurs dans l’Union. Il perdra en une fois ce qu’il a gagné en deux ans de plus qu’un épargnant moyen de l’Union.

Que des aménagements pour les petits épargnants soient trouvés, c’est nécessaire. Mais le principe même d’une taxe à la source est justifié, à la condition que Chypre assainisse ses finances publiques. La taxe est spectaculaire mais elle s’inscrit dans un plan plus large qui comprend des privatisations et le relèvement de l’impôt sur les sociétés de 10 à 12,5 %.