L'Eglise de Scientologie, très controversée en France, va être jugée par un tribunal pour "escroquerie en bande organisée", une procédure qui pourrait entraîner la dissolution de la principale association s'en réclamant. Une ordonnance renvoyant l'Association spirituelle de l'Eglise de Scientologie (ASES - Celebrity centre), principale structure de l'association en France, et la société anonyme SEL, sa librairie, pour "escroquerie en bande organisée" a été signée lundi par le juge Jean-Christophe Hullin.

L'Eglise de Scientologie sera jugée, devant le tribunal correctionnel de Paris à une date encore inconnue, en tant qu'organisation alors que dans la plupart des autres affaires, ce sont ses membres à titre individuel qui ont été renvoyés devant la justice.

Sa condamnation dans ce dossier pourrait aboutir à la dissolution des deux structures mises en cause, selon une source proche du dossier. La Scientologie est considérée comme une secte dans les rapports parlementaires français mais n'est pas pour autant interdite. Elle bénéficie du statut de religion dans d'autres pays comme les Etats-Unis.

Sept scientologues, dont Alain Rosenberg, directeur général du Celebrity centre, sont également poursuivis, dont certains pour "exercice illégal de la pharmacie". L'affaire a débuté en décembre 1998 par la plainte avec constitution de partie civile d'une femme estimant avoir été escroquée par l'Eglise de Scientologie.

Abordée quelques mois plus tôt à Paris par des scientologues pour un test de personnalité gratuit, elle avait au final dépensé plus de 200.000 francs (environ 30.000 euros) pour des cours, l'achat de livres, de médicaments et ainsi que d'un "électromètre", appareil électrique censé mesurer les variations de l'état mental de la personne par les modifications importantes de la résistance électrique. Une autre plaignante et l'ordre des pharmaciens se sont par la suite constitués partie civile dans ce dossier. Fondée en 1954 aux Etats-Unis par Ron Hubbard (1911-1986), un auteur de science-fiction, la Scientologie revendique des millions de membres et 6.000 "églises" dans 159 pays, dont des milliers de membres en France.

Elle fonde son action sur la "dianétique", une "science de la santé mentale" selon Hubbard, qui permettrait d'accéder au bonheur en se purifiant des éléments mentaux négatifs. En France, les autorités lui reprochent des pratiques de "déstabilisation mentale" et en 1995, la première association française de l'Eglise de Scientologie avait été dissoute pour n'avoir pas payé ses impôts au fisc qui lui refusait le statut d'Eglise. En 2002, l'association scientologue d'Ile-de-France (région parisienne) a été condamnée pour le fichage illicite d'anciens membres. La place de la Scientologie en France est un sujet très sensible.

En février, la directrice de cabinet du président Nicolas Sarkozy avait provoqué un tollé en déclarant que les sectes étaient un "non-problème" en France, et estimé qu'on pouvait "s'interroger sur la menace représentée par la Scientologie". "Ou bien c'est une dangereuse organisation et on l'interdit, ou alors ils ne représentent pas de menace particulière pour l'ordre public et ils ont le droit d'exister en paix", avait-elle déclaré.

Désireux de calmer la polémique, M. Sarkozy avait rapidement prôné "la plus grande fermeté" face aux sectes. Lui-même avait été critiqué pour avoir reçu en 2004 l'acteur américain Tom Cruise, l'une des principales figures de la Scientologie, à Paris alors qu'il était ministre de l'Economie.