L'Etat islamique (EI), groupe de jihadistes extrémistes, a affirmé mardi avoir décapité le journaliste américain James Foley et menacé d'en tuer un autre en représailles aux frappes aériennes américaines en Irak. Dans une vidéo diffusée sur internet, l'EI montre un homme masqué et habillé de noir qui semble couper la gorge de James Foley, qui avait été enlevé par des hommes armés en novembre 2012 en Syrie. La Maison Blanche a indiqué que les services de renseignement américains étaient à l'oeuvre pour vérifier "aussi rapidement que possible" l'authenticité de cette vidéo.

"Nous avons vu une vidéo qui prétend montrer le meurtre du citoyen américain James Foley par l'EI. Si elle est authentique, nous sommes horrifiés par le meurtre brutal d'un journaliste américain innocent et exprimons nos sincères condoléances à sa famille et ses amis", a indiqué Caitlin Hayden, porte-parole du Conseil de sécurité nationale dans un communiqué.

Dans cette vidéo, les jihadistes montrent aussi les images d'un autre journaliste américain identifié comme étant Steven Sotloff. Ils menacent de l'exécuter également si le président américain Barack Obama ne met pas fin aux frappes aériennes américaines en Irak. Les deux journalistes sont vêtus d'une tenue orange, qui rappelle celle des prisonniers de Guantanamo.

Foley, qui à 40 ans était un reporter expérimenté, avait notamment couvert le conflit en Libye avant de se rendre en Syrie, où il a couvert le soulèvement contre le régime de Bashar Al-Assad pour le site d'information américain GlobalPost, l'Agence France-Presse et d'autres médias. Selon plusieurs témoignages, James Foley a été enlevé dans le nord de la Syrie le 22 novembre 2012. Sa famille, qui avait lancé une campagne d'information, n'avait eu aucune nouvelle depuis lors.

© AFP

La vidéo d'un peu moins de cinq minutes, qui s'intitule "Message à l'Amérique", a été tournée dans une zone désertique sans qu'il soit possible de savoir où. L'homme masqué qui semble procéder à l'exécution du journaliste s'exprime en anglais avec un accent britannique.

Les jihadistes de l'EI, déjà bien implantés en Syrie, ont lancé une offensive en Irak le 9 juin et ont conquis rapidement une grande partie des territoires sunnites du pays. Les Etats-Unis, réengagés militairement pour la première fois en Irak depuis leur retrait en décembre 2011, ont mené, depuis le 8 août, plusieurs dizaines de frappes aériennes contre les jihadistes de l'EI.

Lundi, Barack Obama a affirmé que son pays entendait "poursuivre une stratégie à long terme" de lutte contre l'EI, en soutenant le nouveau gouvernement irakien que doit former le Premier ministre désigné Haïdar al-Abadi.

"Une horreur absolue"

Le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond a fait part mercredi de son sentiment d'"horreur absolue" après la diffusion sur internet d'une vidéo de l'Etat islamique (EI) qui semble montrer la décapitation du journaliste américain James Foley.

Interrogé sur la BBC pour savoir quelle avait été sa réaction devant la vidéo du groupe jihadiste extrémiste, il a répondu: "l'horreur, l'horreur absolue devant ce qui semble être une exécution brutale". "C'est un exemple de plus de la panoplie de brutalité de cette organisation", a-t-il ajouté.

La vidéo montre un homme masqué et habillé de noir qui semble couper la gorge de James Foley, enlevé par des hommes armés en novembre 2012 en Syrie.

Rappelant que cette vidéo n'avait pas été authentifiée, Philip Hammond a cependant estimé "qu'elle présentait toutes les caractéristiques laissant à penser qu'elle est authentique".

Il a également relevé que le bourreau de James Foley s'exprimait en anglais avec un accent britannique. "Il semble qu'il s'agisse d'un Britannique. Nous allons devoir faire davantage de recherches pour être sûr que c'est le cas", a-t-il déclaré sur la BBC.

"L'une des raisons pour lesquelles ce qui se passe en Syrie et en Irak représente une menace directe à notre propre sécurité nationale est la présence d'un nombre significatif de nos concitoyens (dans ces pays NDLR), qui risquent, à un moment donné, de chercher à rentrer au Royaume-Uni avec des compétences et des techniques acquises auprès de ces organisations terroristes", a jugé le ministre. Il a ajouté qu'il y avait de "plus en plus" de Britanniques en Irak.

Pour Shiraz Maher, du Centre international d'études sur la radicalisation (ICSR) au King's College de Londres, l'auteur de la décapitation "est très probablement un Britannique".

"Nous avons toujours dit que les combattants étrangers qui partent en Syrie ne vont pas là-bas pour être des spectateurs", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Ils y vont pour participer pleinement à la guerre, pour être aux avant-postes du conflit", a-t-il ajouté.

Rappelant que les jihadistes avaient présenté cet assassinat comme une réponse aux frappes américaines en Irak, l'expert a jugé que leur démarche "mettait la pression sur Obama, mais embarrassait également le gouvernement britannique".

Cameron interrompt ses vacances

Le Premier ministre britannique, David Cameron, a interrompu mercredi ses vacances pour présider une série de réunions d'urgence après l'annonce de l'exécution sommaire par l'Etat islamique (EI) du journaliste américain James Foley.

"Si c'est vrai, le meurtre de James Foley est choquant et pervers. Je vais présider aujourd'hui des réunions sur la situation en Irak et en Syrie", a écrit le Premier ministre sur son compte officiel Twitter.

Dans un communiqué, Downing Street a précisé que le Premier ministre était rentré de Cornouailles dans la matinée, et que la réunion en présence du ministre des Affaires étrangères et des hauts responsables du ministère de l'Intérieur, serait l'occasion de faire un point sur "la menace posée par les terroristes de l'EI".