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Après avoir chassé l’an dernier les populations minoritaires des terres qu’il a conquises dans l’ancienne Mésopotamie, l’Etat islamique (EI) est en passe de mettre la main sur l’un des joyaux du patrimoine mondial de l’humanité, les ruines de la cité antique de Palmyre.

L’organisation islamiste s’est emparée du nord de la ville syrienne et s’approche ce mercredi dangereusement du sud-ouest de Palmyre, où se trouvent les ruines.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les jihadistes ont avancé dans la ville après avoir pris d’assaut le quartier-général de la Sécurité de l’Etat. Les militaires se sont repliés vers le sud-ouest.

A Damas, le responsable des antiquités a déclaré à l’agence Reuters que des mesures avaient été prises avant l’assaut de l’Etat islamique.“Des centaines et des centaines de statues qui, nous le craignions, allaient être démolies et vendues ont été mises en lieu sûr”, a dit Maamoun Abdulkarimt. “Notre crainte est pour le musée et les monuments importants qui n’ont pas pu être déplacés. Ceci est une bataille pour le monde entier”.

Les craintes ne sont pas exagérées. En Irak, au début du mois de mars, l’Etat islamique (EI) a réduit en poussière la cité de Nimroud, fondée au XIIIè siècle avant JC, et puis celle de Hatra, détruite elle aussi avec des bulldozers et des explosifs. "Dès que nous pourrons détruire les signes de l’idolâtrie et étendre le monothéisme, nous le ferons” , avait déclaré un jihadiste dans une vidéo revendiquant la destruction de Nimroud. La seule consolation des archéologues est que de nombreuses statues de ces sites ont été soit mises à l’abri, soit volées au cours des années, et restent malgré tout intactes.

La cité antique de Palmyre avait connu son apogée aux IIè et IIIè siècles de notre ère, alors qu’elle était un passage obligé pour les caravanes qui amenaient dans le monde romain l’encens et les aromates d’Arabie et de l’Inde, le poivre du pays tamoul et la soie de la Chine. Elle comptait à cette époque 200 000 habitants contre un million à Rome.

Palmyre, dont le nom originel était Tadmor, un mot probablement d’origine présémitique, était un pont commercial entre l’empire romain et celui des Parthes dans la Perse antique. Elle disparut dans l’anonymat lors de la conquête arabe en 634 et redevint Tadmor.

Ses vestiges greco-romains furent redécouverts par l’archéologue irlandais Robert Wood le 14 mars 1751, selon l’Encyclopédie universelle.

Oasis dans le désert syrien, la ville attirait de nombreux touristes avant le début de la guerre civile syrienne. Ils y visitaient ses tombeaux, le temple de Bêl, restauré après dix ans de travail, ses églises byzantines et une plaque sur laquelle sont inscrits les tarifs douaniers de la ville : 2 deniers pour le passage d’un chameau à vide, 12 deniers quand il était chargé.

Le site a déjà souffert de 4 années de conflit, il a souffert du pillage, et représente un irremplaçable trésor pour la peuple syrien et pour le monde”, estime la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova.