Les crises conjuguées de l’économie, de la dette souveraine et du secteur bancaire ont un mérite : celui de contraindre les Européens à réfléchir aux dysfonctionnements de l’UE et aux façons de les corriger.

C’est l’objectif poursuivi par Sylvie Goulard et Mario Monti. Nourris par leurs parcours respectifs, l’eurodéputée française et l’ancien commissaire européen, devenu président du Conseil italien, dressent le constat de ce qui ne va pas, ou plus, dans l’Union et ouvrent des pistes de réflexion.

Le titre de leur livre, "De la démocratie en Europe", fait référence à Alexis de Tocqueville ("De la démocratie en Amérique"). De la même manière qu’au XIXe siècle, le Français analysait les institutions et les lois des jeunes Etats-Unis, la Française et l’Italien décortiquent celles de l’Union du début du XXIe siècle, avec le même souci de pointer ce qui menace la démocratie.

Goulard et Monti tirent les mêmes conclusions que Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit dans leur récent ouvrage "Debout l’Europe". D’une part, l’autorité politique de l’Etat-nation s’évapore, tandis que lui échappent des pans de plus en plus larges de souveraineté, dans un monde globalisé. De l’autre, l’Europe est encore trop désunie pour prétendre prendre le relais.

L’Union doit être refaçonnée, affirment les auteurs, de sorte que ses politiques soient conçues pour le peuple. Et que ces politiques soient menées par des dirigeants disposant d’un réel pouvoir d’agir, tiré d’une indiscutable légitimité démocratique européenne - le dernier adjectif à son importance.

Cet aller-retour entre l’Europe et l’Amérique, entre le passé et l’avenir font du livre de Goulard et Monti un ouvrage opportun. D’autant plus opportun que les actuels dirigeants européens semblent avoir perdu le fil tressé et tendu par les pères fondateurs de l’Union. Alors que, dans le même temps, ils peinent à concevoir l’avenir au-delà des échéances électorales nationales.

Sylvie Goulard et Mario Monti, "De la démocratie en Europe", Flammarion, 256 p., env. 19€.