Les Vingt-huit veulent trouver des mesures pour limiter les flux migratoires en Méditerranée centrale.  

La petite île de Malte, qui assure la présidence semestrielle du Conseil des ministres de l'Union européenne, accueille ce vendredi les vingt-huit chefs d’Etat et de gouvernement. Avec pour objectif - le même depuis des mois - de trouver des moyens pour arrêter les migrants qui continuent d’affluer, désormais depuis la Libye, vers le Vieux continent. En 2016, plus de 181 000 personnes ont rejoint l’Italie par la dangereuse et mortelle route de la Méditerranée centrale. Et ce chiffre risque d’augmenter cette année, après le retour des beaux jours.

Les Vingt-huit l’ont promis : l’Union ne connaîtra plus jamais le chaos de 2015, lorsque des centaines de milliers de migrants arrivaient en Grèce, avant d’emprunter la route des Balkans. Seul hic : la "solution" alors trouvée, à savoir un accord migratoire avec Ankara, ne peut être répliquée avec Tripoli, au grand dam de Malte qui pensait tenir là la clé de ce nouveau casse-tête européen. Si les Etats membres ont pu fermer les yeux sur les dérives autoritaires à l’œuvre en Turquie afin de la qualifier de "pays tiers sûr" et donc d’y renvoyer migrants et réfugiés, ils ne peuvent nier l’instabilité qui règne en Libye. L’UE devra donc à nouveau faire preuve de créativité. "Je peux vous assurer que c’est à notre portée. Ce dont nous avons besoin est une détermination totale pour le faire", a plaidé Donald Tusk, président du Conseil européen, après sa rencontre avec le chef du gouvernement d’union nationale en Libye Fayez al-Sarraj.

S’attaquer à chaque étape du flux

La première partie du sommet informel sera donc réservée à une discussion sur la gestion de la migration hors de l’Union, avec un focus sur la Libye. Selon les projets de conclusions, les Etats membres devraient donner le feu vert aux propositions de la Commission, dont l’enveloppe s’élève à 200 millions d’euros. "La philosophie est de mettre en place des mesures visant chaque étape du flux", explique un insider. En amont : convaincre les migrants économiques, qui n’auraient pas droit à l’asile, de ne pas quitter leur pays d’origine. Sur place : aider les autorités nationales à protéger les frontières du Sud du pays, stimuler la lutte contre les passeurs, améliorer les conditions dantesques dans les camps et financer les retours volontaires. A l’étape du départ en Méditerranée : mieux former les garde-côtes libyens et éviter les pertes de vies en mer.

Des camps extra-européens

Certains Etats membres, pays de Visegrad en tête, voudraient renvoyer directement les individus rescapés, si pas en Libye, dans des pays avoisinants, où des camps d’enregistrement seraient installés. Ceux-ci seraient gérés par des organisations internationales, chargées de traiter les demandes d’asile. "L’idée est de les envoyer dans un lieu sûr, sans les amener en Europe", a expliqué Thomas de Maizière, le ministre de l’Intérieur allemand. La proposition a provoqué une levée de boucliers et ne figure pas à l’ordre du jour. "La Belgique et d’autres pays ont insisté sur le respect du droit international", précise un diplomate.

La ligne directrice de ce sommet semble être l’accélération des retours et, plus largement, l’externalisation de la question migratoire. A croire que l’Union a plus de chances de coopérer avec des pays africains qu’avec ses propres membres sur le sujet. "L’Italie est en première ligne de cette crise et veut une solution à court terme. Elle se dit que si on attend de se mettre d’accord sur la définition de la solidarité, elle a le temps d’être submergée de migrants", précise un diplomate. Même si Rome continue à réclamer que les discussions sur les aspects externes de la migration soient liées à des aspects internes.

"En effet, la gestion de l’asile au sein de l’Union est la grande pièce du puzzle qui manque", avoue une source européenne. Elle est d’ailleurs absente du programme de ce 3 février, mais peut néanmoins surgir dans les discussions, tant la question de la relocalisation des réfugiés depuis l’Italie et la Grèce et celle de la réforme de Dublin restent délicates. Et risquent de miner l’appel à la solidarité lancé par M. Tusk aux Etats membres, sous la devise américaine : "l’Union fait la force, la désunion nous affaiblit."