La pression s'est accrue jeudi sur un évêque catholique allemand fort dépensier, accusé de s'être notamment fait construire une maison diocésaine de luxe alors que le nouveau pape, François, se veut apôtre d'une "Église pauvre pour les pauvres".

Mgr Franz-Peter Tebartz-van Elst, évêque de Limburg, près de Francfort (ouest), va devoir rendre des comptes à la justice: le parquet de Hambourg (nord) a en effet demandé jeudi une ordonnance pénale car il l'accuse d'avoir menti sous serment.

Et le président de la conférence épiscopale allemande, Mgr Robert Zollitsch, a assuré qu'il allait parler de l'affaire avec le pape.

La justice met en cause des déclarations au magazine Der Spiegel à propos d'un voyage en Inde, pour rendre visite à des pauvres, un voyage effectué en classe affaires, selon ce qu'a raconté à l'hebdomadaire Mgr Tebartz-van Elst. Mais sous serment, il a par la suite assuré avoir refusé de répondre à la question du journaliste.

L'évêque de 53 ans pourrait écoper d'une amende en cas de condamnation.

Mais ce n'est qu'un épisode dans une polémique qui dure depuis des mois et porte plus largement sur des dépenses jugées excessives et un autoritarisme qui n'est guère du goût de tous les fidèles.

Mgr Tebartz-van Elst a en effet fait construire un siège de l'épiscopat à Limburg, un vaste complexe avec musée, salles de conférence, chapelle et appartements privés. Le projet, décidé par son prédécesseur et évalué initialement à 5, 5 millions d'euros, a vu sa facture finale grimper à... 31 millions d'euros.

Dans un entretien au quotidien Bild jeudi, le prélat s'est défendu en affirmant: "Ceux qui me connaissent savent que je n'ai pas besoin (de mener) un train de vie somptuaire".

Et de justifier les dépenses pharaoniques pour cet ensemble épiscopal: "Il y a beaucoup de détails à connaître, notamment les exigences imposées par la protection des monuments".

Mais l'architecte chargé des travaux, Stefan Dreier, a, lui évoqué, "des souhaits extravagants" du prélat, assurant que le surcoût occasionné par les impératifs liés à la protection des monuments ne s'élevait qu'à 400.000 euros.

En Allemagne, où le prélat est désormais surnommé "l'évêque de luxe", l'affaire fait grand bruit car son train de vie supposé contraste vivement avec le style du pape François qui prône une Eglise simple, proche des pauvres et a multiplié les gestes en faveur des démunis depuis qu'il s'est installé sur le Trône de Saint-Pierre en mars.

Le Vatican s'est pour l'instant contenté d'envoyer mi-septembre un observateur dans le diocèse. Le cardinal italien Giovanni Lajolo, ancien nonce apostolique (ambassadeur du Vatican) en Allemagne de 1995 à 2003, a été chargé de jouer les médiateurs entre l'évêque mis en cause et ses ouailles.

Mais il n'a pas encore remis son rapport au Saint-Siège.

De son côté, le président de la Conférence épiscopale allemande, Robert Zollitsch, a assuré prendre très au sérieux la situation à Limburg et précisé qu'il s'entretiendrait de ce sujet la semaine prochaine à Rome avec le pape François. "Cela me préoccupe beaucoup", a-t-il assuré.

Les fidèles du diocèse ont critiqué dans une lettre ouverte le style autoritaire et les dépenses jugées excessives du prélat nommé par l'ancien pape Benoît XVI. La missive a été signée par plus de 4.400 fidèles, prêtres ou salariés de l'Église, sur les 650.000 que compte le diocèse.

Mgr Tebartz-van Elst veut leur répondre par lettre "ce week-end", a-t-il confié à Bild.

Classé dans l'aile conservatrice de l'Église catholique allemande, Mgr Tebartz-van Elst a vu l'un des membres les plus éminents de ce courant, le cardinal Reinhard Marx, prendre ses distances avec lui.

"Évidemment que ce qui se passe à Limburg me fait de la peine", a déclaré Mgr Marx, très influent au sein de la Conférence épiscopale allemande. "L'obligation de transparence et de sincérité est valable pour les évêques comme pour tous les croyants", a-t-il ajouté.

Les critiques pleuvent également dans la presse. Et un artiste, Oliver Bienkowski, a exprimé son courroux avec une projection géante sur la façade de la cathédrale de Limburg: "Tu ne voleras point".