International

Le Front national a remporté dimanche une élection locale en France sans enjeu national mais qui illustre la bienveillance nouvelle dont bénéficie ce mouvement d'extrême droite auprès d'une population exaspérée par l'insécurité et la crise.

Le candidat du Front national (FN), Laurent Lopez, à l'élection cantonale partielle dans la petite localité méridionale de Brignoles (17.000 habitants, dirigée par un maire communiste) a remporté ce scrutin au deuxième tour avec 53,9% des voix, selon les résultats définitifs officiels. Il a devancé son adversaire de la droite UMP, Catherine Delzers (46,1% des voix) alors que le parti socialiste, au pouvoir en France, avait appelé à voter pour le candidat de l'opposition de droite pour bloquer le FN. L'appel n'a pas été suivi d'effet et la participation est restée faible (45,26%). La semaine dernière le candidat FN arrivait en tête avec 40,4% des suffrages lors du premier tour marquée par un taux d'abstention de près de 67%.

La présidente du FN, Marine Le Pen, a immédiatement salué la "belle victoire" de son candidat à Brignoles qui confirme à ses yeux "la mort du front républicain" qui a échoué à faire barrage au FN. Selon Mme Le Pen, même s'il ne s'agissait que d'une élection cantonale partielle "ça augure d'une volonté de changement des Français, qui vont l'exprimer, qui vont se mobiliser", pour les municipales prévues au printemps 2014 en France.

Depuis une semaine, tous les états-majors politiques s'étaient focalisés sur ce scrutin-test qui en dit long sur l'état d'esprit des Français. La gestion socialo-verte de François Hollande est de plus en plus impopulaire et l'opposition de droite traditionnelle continue, sans projet politique alternatif, de se déchirer avec des querelles de personnes.

"Premier parti de France"?

Le Front national, dont le discours surfe depuis longtemps sur l'insécurité et la crise économique, trouve depuis quelques mois un écho inédit dans son approche, fruit semble-t-il de la stratégie de dédiabolisation et d'implantation locale menée par Marine Le Pen. Elle revendique désormais crânement pour sa formation le titre de "premier parti de France" même s'il ne dispose que de deux députés à l'Assemblée nationale. A l'appui de son avancée, le FN peut se targuer des intentions de vote pour les élections européennes du printemps 2014. Selon un récent sondage de l'institut Ifop pour l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur, le FN arriverait en tête avec 24%, loin devant le parti socialiste et ses 19%, l'UMP se plaçant en deuxième position (22%).

En dépit d'un ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, au discours très ferme voire polémique sur l'immigration, le pouvoir socialiste n'arrive pas à enrayer la montée en puissance de l'extrême droite et faire reculer le sentiment d'une insécurité croissante et d'une France qui s'enfonce dans la crise.

"L'économie française va mieux, incontestablement. Tous les indicateurs sont bien orientés" et la défiance "dans laquelle nous vivons n'est pas fondée", estime le ministre français de l'Economie Pierre Moscovici dans un entretien publié par le Journal du Dimanche. Le chômage qui touche plus de trois millions de personnes continue toutefois de peser lourdement.

A Brignoles, le vote Front national est "normal", a estimé dimanche Marie, la soixantaine, qui souhaite rester anonyme. "Aujourd'hui, dans cette petite ville, vous vous demandez où vous êtes", ajoute-t-elle, en allusion à la présence d'une population d'origine maghrébine dans le centre-ville.

Dans cette localité, le Front national estime avoir été "le seul à avoir fait vraiment campagne", avec distribution de tracts, rencontres avec les sympathisants et la population. Entre les deux tours, l'UMP, pour rattraper son retard, a multiplié aussi les tracts, les relances par téléphone, les mailings ou les messages sur les réseaux sociaux.

Dimanche soir, le premier secrétaire du Parti socialiste Harlem Désir a, lui, déploré la victoire du FN, "qui rappelle à la gauche l'impérieuse nécessité de son rassemblement dans les territoires" où le parti d'extrême droite est fort. Côté UMP, on parle de vote sanction contre "la politique conduite" pour François Fillon, tandis que Jean-François Copé n'y voit "pas une surprise".

En un an la gauche a perdu huit élections législatives partielles et trois cantonales. Les élections municipales sont prévues en mars prochain en France et pourraient bien secouer l'échiquier politique.