On pourrait presque qualifier les primaires organisées aux Etats-Unis ce 15 mars de "Super-Mardi" bis. On ne vote, certes, que dans cinq Etats (en plus de l’archipel des Mariannes du Nord, dans le Pacifique) - moitié moins que lors du traditionnel "Super-Mardi", qui s’est déroulé cette année le 1er mars. Mais l’enjeu est crucial pour les candidats démocrates à la présidentielle. Et, pour les Républicains, il pourrait même se révéler décisif dans la mesure où, dans deux Etats, la Floride et l’Ohio, le vainqueur emportera toute la mise ("winner take all"), soit 99 et 66 délégués respectivement, tandis que, dans un troisième, l’Illinois, il obtiendra la majeure partie des 69 délégués ("winner take most"). De quoi donc creuser un écart significatif à la fin des opérations...

Tous les regards sont tournés vers Donald Trump. Mathématiquement, quoi qu’il arrive, il restera loin des 1237 délégués nécessaires pour décrocher l’investiture républicaine (il en avait 460 à la veille de ce nouveau rendez-vous électoral). Toutefois, un lot de victoires supplémentaires contribuerait à le propulser un peu plus près de l’objectif et, sans doute, à le mettre hors d’atteinte. A fortiori s’il parvient, comme les sondages le suggèrent, à battre deux de ses trois adversaires encore en lice sur leur propre terrain : le sénateur Marco Rubio en Floride et le gouverneur John Kasich dans l’Ohio.

Sortie de route pour Marco Rubio ?

Un tel scénario aurait une portée symbolique considérable, mais pas seulement. En toute logique, le ou les vaincus devraient, dans cette hypothèse, jeter l’éponge. Or, pour Rubio, les choses se présentent mal : non seulement il est donné battu en Floride par Donald Trump, mais il pourrait aussi devoir y concéder la deuxième place à son rival, le sénateur du Texas Ted Cruz. Pareille humiliation ruinerait à coup sûr ses ambitions présidentielles. Dans l’Ohio, en revanche, l’issue paraît plus incertaine, Donald Trump et John Kasich étant au coude à coude. Pour renforcer le front anti-Trump, Marco Rubio a appelé ses partisans à voter pour le gouverneur, au risque de saper un peu plus ses proches chances de rester dans la course.

L’abandon de Rubio et de Kasich, au terme des primaires de ce mardi, ne laisserait que Ted Cruz face à Donald Trump. Un tel duel pourrait constituer un véritable défi pour le milliardaire new-yorkais, confronté dès lors à une coalition de ses opposants rassemblés derrière le sénateur texan. C’est à ce titre aussi que la journée de mardi peut constituer un tournant dans la campagne présidentielle.

Nouveau rebond de Bernie Sanders ?

Du côté démocrate, le bilan sera sans doute plus nuancé après ces cinq nouvelles consultations. Hillary Clinton a de bonnes chances de triompher en Floride et en Caroline du Nord, où les minorités hispanophone et noire représentent une partie significative de l’électorat, présumée favorable à l’ex-Première Dame. Ailleurs, le pronostic est nettement moins favorable. Le succès inattendu de son concurrent, le sénateur du Vermont Bernie Sanders, au Michigan, mardi dernier, autorise celui-ci à croire en son étoile dans les trois autres Etats du Midwest où l’on vote ce mardi : l’Illinois, le Missouri et l’Ohio. Le discours du candidat "socialiste" sur les délocalisations, les méfaits causés par les accords de libre-échange et la cupidité de Wall Street ne peut qu’y séduire un monde ouvrier durement frappé par la crise.

L’attribution des délégués à la proportionnelle atténuera, cependant, l’impact des résultats chez les Démocrates. Une éventuelle bonne performance de Bernie Sanders n’en confirmerait pas moins que la voie royale jadis tracée pour Hillary Clinton s’est en fait muée en une route longue, sinueuse et hasardeuse.