Même en ces temps de fanatisme, d’obscurantisme, de provocation et de contre-provocation, d’absence ou d’abus de liberté d’expression, d’aveuglement, de stupidité mutuelle et réciproque, il y a encore des raisons d’espérer.

Il faut, certes, aller parfois les chercher assez loin. A Shahmirzad, par exemple, une petite localité de quelques milliers d’habitants à 250 km au nord-est de Téhéran. Deux jeunes filles y ont proprement rossé un imam qui avait admonesté l’une des deux parce qu’il la jugeait habillée de façon indécente. Il s’est retrouvé pour trois jours à l’hôpital.

C’est alors qu’il se rendait à la mosquée, pour la prière de midi, le mois dernier, que l’hojatoleslam Ali Beheshti fit la rencontre fatidique. Il demanda "poliment" à l’une des filles de se couvrir la tête, rapporte l’agence de presse iranienne Mehr, citée par CNN. Elle l’invita plutôt à se couvrir les yeux. Outré autant que médusé, le religieux exhorta alors l’impudente à surveiller non seulement sa tenue, mais aussi son langage. Il reçut pour toute réponse une solide raclée qui le projeta à terre. "Je ne me souviens pas de la suite", a-t-il raconté, "sinon que je sentais les coups et entendais les insultes".

Il est rare, a fortiori dans les villages, que des femmes musulmanes osent tenir tête aux hommes et surtout à des responsables religieux. Il est plus rare encore qu’elles se risquent à les tabasser. Si l’hojatoleslam, qui n’a peut-être pas retrouvé toute sa tête, a choisi de ne pas porter plainte jusqu’ici, il ne s’est pas opposé pour autant à ce que la "justice" iranienne fasse son travail. Et là, on doit, hélas, craindre le pire.

L’audace des jeunes filles de Shahmirzad fait pourtant honneur à cette population iranienne qui force l’admiration et suscite la sympathie au premier contact. Le visiteur qui débarque dans le pays ne tarde pas à se dire, en effet, que les dignes héritiers des Perses traînent comme un boulet un système politico-religieux dont les maîtres ont à l’évidence une intelligence inversement proportionnelle à celle de leurs sujets.

La vie n’est pourtant pas simple. Si, à Shahmirzad, une jeune femme a vertement corrigé un mollah parce qu’elle refusait de se couvrir, à Marseille, c’est parce qu’on voulait contrôler son identité qu’une fille de dix-huit ans, portant le voile intégral au mépris de la loi française, a mordu une fonctionnaire de police et écopé jeudi de six mois de prison dont deux ferme.

Confronté à ces chocs de cultures et à de tels abîmes d’incompréhension, ne pourrait-on pas imaginer, tout simplement, que la fille de Marseille aille vivre à Shahmirzad, et que celles des campagnes iraniennes viennent s’installer dans la cité phocéenne ? Tout le monde y trouverait son compte. L’hojatoleslam désormais le plus célèbre de la planète pourrait aller à la mosquée sans craindre de s’étouffer en chemin, et les policières marseillaises ne seraient plus aussi souvent sur les dents.