Correspondante à Jérusalem

Les responsables de l'immigration juive en Israël vont s'efforcer de faire venir tous les 25 000 juifs qui vivent encore en Iran.

Ils l'ont révélé à l'occasion de l'arrivée, mardi, de 40 nouveaux venus d'Iran. Ceux-ci n'étaient pas les premiers à immigrer en Israël depuis que l'Iran s'est fait l'ennemi d'Israël. Quoique Téhéran interdise à ses ressortissants de se rendre en " Palestine occupée " (le terme courant pour Israël), des juifs se sont installés en Israël au fil des ans. Mais au compte-gouttes, de façon individuelle et dans la plus grande discrétion, tels les 65 arrivés en 2006 et les 200 arrivés au début de cette année.

Ceux de mardi formaient le plus grand groupe amené ces dernières années de façon organisée par l'Agence juive (la parastatale chargée de l'immigration en Israël). Et aussi le premier groupe à recevoir une telle publicité en Israël. D'une part, en effet, l'Agence juive garde le secret sur la façon dont elle a rassemblé les immigrants en Iran, ainsi que sur le pays tiers par lequel ils ont dû passer pour sortir d'Iran. Pas question non plus de révéler leur identité précise.

Mais d'autre part, elle a tenu à donner un accueil médiatique au groupe, afin d'encourager d'autres juifs iraniens à immigrer en Israël. Elle ne lie pas son opération directement à la politique anti-israélienne du président Ahmadinejad, mais invoque l'antisémitisme qui, selon elle, ne cesse de croître en Iran. Cette thèse d'antisémitisme est cependant nuancée par les juifs iraniens eux-mêmes, y compris les immigrants.

Un siège au Parlement

S'il y a persécution, soulignent la plupart, c'est essentiellement en cas de connexion sioniste. D'ailleurs, le bruit fait mardi autour des arrivants en Israël pourrait précisément nuire aux familles restées en Iran. Selon d'autres, M. Ahmadinejad exploitera le fait que ce groupe d'immigrants se limite à quarante personnes, pour prouver précisément que les juifs iraniens ne souffrent pas de son régime. Les juifs qui vivent aujourd'hui à Téhéran, Ispahan et Chiraz en témoignent eux-mêmes : en tant que communauté religieuse, ils sont peu inquiétés. Généralement commerçants, ils ne manquent de rien. Un siège leur est réservé au Majlis, le Parlement national. Les synagogues sont bien entretenues. Par ailleurs, ils sont autorisés à quitter le pays, si ce n'est pas explicitement pour Israël. Et s'ils partent, ils peuvent faire gérer les biens qu'ils abandonnent par des gardiens légaux. Sinon, l'Etat s'en empare. Les juifs iraniens ne sont pas coupés de leurs proches en Israël non plus. Il y a moyen de téléphoner directement d'Israël en Iran, et de communiquer par Internet d'Iran en Israël.

Parmi ceux qui ont quitté l'Iran ces dernières décennies, seule une minorité a choisi Israël. Généralement pour rejoindre des proches émigrés dans le passé. Les autres préfèrent les Etats-Unis ou d'autres pays occidentaux.

Arrivés au royaume perse au VIe siècle avant notre ère, les juifs d'Iran forment une des plus anciennes communautés de la diaspora juive.

En 1979, à la veille de la chute du Shah qui entretenait des relations étroites avec Israël, elle comptait près de 125 000 âmes.

Aujourd'hui, ses 25 000 membres forment le plus grand regroupement juif au Moyen Orient, après Israël.