Et une levée d’immunité parlementaire de plus pour l’eurodéputé Jean-Marie Le Pen, une. C’est par un vote à main levée intervenu mardi midi au Parlement européen, à Strasbourg, que ses collègues ont décidé de laisser la Justice française poursuivre pour "incitation à la haine raciale" le fondateur et ancien président d’honneur du Front national. En cause, un enregistrement vidéo posté sur Internet le 6 juin 2014 où on le voyait s’en prendre à des artistes tels que Madonna et Yannick Noah avant de conclure, à l’évocation du nom de Patrick Bruel, en référence aux origines juives de ce dernier : "Ecoutez, on fera une fournée la prochaine fois." Ces propos avaient suscité une vague d’indignation dans la classe politique française et conduit Marine Le Pen elle-même à se démarquer du dérapage à connotation antisémite de son père.

Entre ces deux-là, on le sait, le fossé ne cesse de se creuser et les affrontements judiciaires de se multiplier mais, ce mardi, la fille, également eurodéputée, a bel et bien voté contre la levée d’immunité du père, sans doute moins par attachement filial que par rejet d’une procédure qui la menace elle aussi.

Marine Le Pen visée à son tour

Lundi soir en effet, le président du Parlement européen, Martin Schulz, a annoncé avoir été saisi d’une demande de levée d’immunité parlementaire concernant cette fois Marine Le Pen poursuivie pour la diffusion sur Twitter de photos d’atrocités commises par le groupe Etat islamique. La requête de la Justice française a été transmise à la commission des affaires juridiques du Parlement. Jean-François Jalk, lui aussi eurodéputé et par ailleurs vice-président chargé des affaires juridiques au Front national, connaît les mêmes déboires. Sa demande de levée d’immunité devrait être votée dans les prochaines semaines par le Parlement européen et concerne une enquête pour "provocation à la discrimination" dans le cadre de l’attribution de logements sociaux.

Celle qui a été votée ce mardi dans le chef de Jean-Marie Le Pen est la quatrième à son actif. Siégeant quasi sans interruption depuis 1984, il s’est déjà vu retirer son immunité d’eurodéputé en 1989 après avoir fait un jeu de mots nauséabond avec le nom d’un ministre du gouvernement Rocard, Michel "Durafour crématoire", en 1990 pour voir parlé d’"Internationale juive" et en 1998, à la demande de la Justice allemande saisie après un discours prononcé en Bavière où Le Pen avait qualifié les chambres à gaz de "point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale" .