Le mouvement altermondialiste verse-t-il dans l'antisémitisme? Une polémique est née, jeudi, à la suite d'un article du «Nouvel Observateur» au contenu sulfureux. Tariq Ramadan, islamologue réputé et professeur à l'université de Genève, aurait diffusé, via les listes des organisateurs français du prochain Forum social européen, prévu en novembre à Saint-Denis, un texte très critique à l'égard de l'esprit «communautaire» des juifs et défenseurs d'Israël. Son pamphlet, contenant une série d'amalgames et d'erreurs factuelles, a suscité une réaction outrée d'intellectuels comme Bernard-Henri Lévy ou André Glucksmann.

«L'interprétation selon laquelle il s'agit d'un texte antisémite est erronée, tempère Pierre Khalfa, membre du conseil d'administration d'Attac-France ainsi que du secrétariat organisant le Forum social européen. Ce texte est en effet marqué par la pensée partiellement communautariste de son auteur. Il contient des erreurs, c'est vrai, mais une partie de ce qu'il dit est juste, notamment lorsqu'il parle d'un repli communautariste de la communauté juive française touchant un certain nombre d'intellectuels, dont le plus emblématique est Alain Finkielkraut. Brandir l'étendard de l'antisémitisme à n'importe quel moment, c'est très dangereux!»

Il s'agit, aux yeux des organisateurs, d'une «campagne visant à décrédibiliser» le mouvement altermondialiste, qui tient des positions très tranchées sur le Proche-Orient. «Nous soutenons fortement les droits nationaux du peuple palestinien, dit Pierre Khalfa. Mais en reconnaissant de façon très claire le droit à Israël d'exister dans des frontières sûres et reconnues.»

La question des banlieues

Cette polémique trouve sa source dans un débat ayant précisément opposé Tariq Ramadan, qui est aussi le petit-fils du fondateur des Frères musulmans, aux membres de l'organisation du Forum. L'islamologue leur reprochait notamment d'être «réfractaire à la diversité culturelle et religieuse». Dans la perspective du «sommet» de novembre, une réelle ouverture a dès lors été entamée en direction de mouvements inspirés par l'islam mais ancrés dans l'altermondialisme: le Mouvement de l'immigration et des banlieues, le Collectif des musulmans de France... Et la question des banlieues sera abordée à Saint-Denis. Une réelle nouveauté par rapport au premier Forum social européen de Florence. «Mais nous sommes également associés à des mouvements berbères et kurdes, qui sont laïcs», précise Pierre Khalfa.

© La Libre Belgique 2003