Si la fusillade de Newtown, vendredi dernier, n’a pas " transformé " ou " transfiguré " Barack Obama, ainsi que l’affirment certains médias, elle a en tout cas permis au Président américain de rebondir et de donner une direction, voire un sens, à son second mandat, qui commencera formellement dans un mois, le 20 janvier 2013. C’est, en effet, un chef de l’exécutif beaucoup plus mordant, beaucoup plus déterminé, que les Américains ont sous les yeux depuis une semaine.

La conférence de presse que Barack Obama a donnée mercredi à Washington, la deuxième depuis sa réélection en novembre dernier, en a fourni une parfaite illustration. L’homme qui semblait à court d’idées, sinon carrément en panne (on se souvient du désastreux premier débat télévisé de la campagne présidentielle, le 3 octobre, à Denver), se montre à présent résolu à faire bouger l’Amérique - il parle même de la " changer " -, qu’il s’agisse de resserrer le contrôle sur les armes à feu ou de franchir le " gouffre fiscal " pour sortir de l’impasse budgétaire. Et s’il n’y arrive finalement pas, le Président entend bien montrer à qui la faute : aux Républicains, qu’il met au pied du mur avant de les clouer si nécessaire au pilori.

Les historiens retiendront sans doute comme moment décisif le bref discours que Barack Obama prononça quelques heures après la tragédie de Newtown : même si le candidat avait déjà essuyé des larmes lors de son dernier rallye électoral à Des Moines (Iowa), le Président a manifesté, vendredi dernier, une émotion aussi peu banale que peu courante. Il ne pouvait pas paraître à ce point affecté par les événements et laisser ensuite les choses reprendre rapidement leur cours normal. Il l’a d’ailleurs dit : hors de question de s’installer dans la " routine " de la violence causée par l’usage des armes à feu.

Concrétisant cet engagement, Barack Obama a chargé son vice-président Joe Biden de piloter une commission qui fera, dès le mois prochain, des propositions concrètes. Il s’agira très probablement de ressusciter l’interdiction des fusils d’assaut, que Bill Clinton avait jadis imposée pour dix ans, et de créer si possible d’autres garde-fous. Des parlementaires démocrates, comme la sénatrice de Californie Dianne Feinstein et l’ex-speaker de la Chambre Nancy Pelosi, se sont déjà mobilisés dans cette voie.

Le climat est certainement propice à pareille initiative. Un sondage CNN/ORC révélait jeudi que 52 % des Américains sont favorables à une législation plus contraignante, quand ils ne se prononcent pas pour une interdiction pure et simple des armes à feu. Mais le même sondage indique que 53 % des Américains sont convaincus que la violence continuera, quoi qu’on fasse pour limiter la vente et l’utilisation des armes à feu.

Barack Obama a anticipé pareille objection en soulignant que l’incertitude du résultat ne doit pas servir d’excuse à l’inaction. Il n’empêche que les élus républicains, dont beaucoup peuvent craindre les représailles du tout-puissant lobby des armes, et en particulier de la National Rifle Association qui compte des millions de membres, argumentent déjà en ce sens. " Les criminels trouveront toujours un moyen de se procurer des armes ", a ainsi fait valoir le député de l’Ohio Jim Jordan. Et son collègue de Caroline du Nord Howard Coble d’ajouter, en considérant que les actes de violence sont le fait de déséquilibrés : " Il s’agit davantage d’un problème de santé mentale que d’un problème lié aux armes à feu ".

Le Président, auréolé du titre de "Personne de l’année" que vient de lui décerner l’influent magazine "Time", n’en est pas moins décidé à acculer ses adversaires républicains, sur le dossier des armes comme sur celui du compromis budgétaire. " S’ils ne se préoccupent pas de savoir qui a gagné et qui a perdu, de savoir s’ils ont marqué un point contre le Président, s’ils lui ont encore arraché une dernière petite concession, s’ils l’ont contraint juste pour le plaisir à faire quelque chose qu’il ne voulait vraiment pas faire, et s’ils se concentrent véritablement sur ce qui est bon pour le pays, alors je pense que nous pouvons parvenir à une solution ", a-t-il lancé.

Jeudi, les Républicains devaient rappeler qu’ils ne l’entendent pas de cette oreille en passant en force, à la Chambre, avec leur politique fiscale. Provisoirement, avant un nécessaire compromis avec un Président qui a le vent en poupe ? On ne tardera pas à le savoir.