Ce n’est qu’une opinion de plus, mais elle devrait peser dans l’épineux dossier portant sur la gestion des déchets issus de l’exploitation des centrales nucléaires belges. Très mitigé, voilà qui résume sans doute le mieux l’avis rendu récemment par l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN - qui veille à garantir une protection efficace de la population, des travailleurs et de l’environnement contre le danger des rayonnements ionisants) sur le projet de "Plan déchets" rendu par sa consœur de l’Ondraf. Pour rappel, cet organisme chargé de la gestion à long terme des déchets radioactifs met la dernière main à l’élaboration de sa stratégie en la matière. Un scénario qu’il soumettra au gouvernement fédéral dans le courant de cette année, dans l’espoir d’obtenir aussi vite que possible une décision de principe sur la direction à suivre. L’Ondraf ne cache pas que sa préférence va à un enfouissement définitif dans une couche d’argile profonde située dans la région de Mol.

Dans cet avis, où chaque mot est soigneusement pesé, l’AFCN estime pour sa part qu’il est trop tôt pour trancher. Est-ce à dire qu’elle remet en cause le principe du stockage géologique ? Non, l’agence souligne qu’à ses yeux, "pour des considérations inhérentes à la sûreté, il n’est pas recommandé d’entreposer des déchets de catégorie B et C (de haute activité et/ou de longue durée de vie) en surface pendant de longues périodes" et que l’option de l’ "enterrement" reste la solution de référence. Pour autant, "il n’est actuellement pas possible de prendre une décision sur la formation hôte", juge-t-elle. Et de souligner que d’autres voies technologiques, telle que celle des forages verticaux à grande profondeur(1), doivent également faire l’objet d’études complémentaires. L’AFCN relève par ailleurs que le projet élaboré par l’Ondraf ne prend pas suffisamment en compte la gestion des grands volumes d’autres types de déchets radioactifs de faible à moyenne activité mais à longue durée de vie, tels que les résidus de l’exploitation historique de radium et d’uranium stockés sur le site d’Umicore (ex-Union minière) à Olen. Elle sous-entend également qu’une marche arrière politique sur la question du retraitement du combustible nucléaire (une technique très critiquée abandonnée par notre pays depuis 1993), pourrait notablement modifier la donne.

"Pour que le gouvernement prenne une bonne décision, nous estimons qu’il est nécessaire de mieux évaluer et argumenter les alternatives sur les méthodes de stockage et le choix du site. On exige que l’on étudie les autres formations géologiques possibles, ce qui ne signifie pas que l’on doit à nouveau faire des expérimentations pendant trente ans", commente Karina De Beule, la porte-parole de l’AFCN. Cet avis, ajoute-t-elle, va dans le sens de ceux rendus par d’autres acteurs, notamment les Régions. Quant à savoir si la formule qui sera retenue à terme doit être réversible et permettre de retirer ces déchets de leur sarcophage si cela s’avère nécessaire, "c’est à l’Ondraf qu’il revient de faire des propositions", répond Mme De Beule. L’Agence, ajoute-t-elle, suit de près les nombreux débats internationaux sur cette question.

Vendredi, on a par ailleurs appris que la province néerlandaise Noord-Brabant avait demandé à un spécialiste en hydrologie d’analyser les conséquences potentielles que pourrait avoir l’enfouissement de déchets radioactifs en Belgique à la frontière des Pays-Bas. Les Néerlandais s’interrogent sur les effets à long terme d’une telle opération, notamment sur l’eau potable.

Cette préoccupation rejoint un point également soulevé dans l’avis de l’AFCN, qui note que les arguments invoqués par l’Ondraf pour le choix de l’argile comme formation hôte "ne tiennent pas suffisamment compte de la protection globale que l’on attend d’un système de dépôt par rapport à son environnement", notamment en ce qui concerne la présence de couches aquifères dans l’environnement du site pressenti pour accueillir le dépôt géologique.

Mis en ligne sur le site de l’AFCN il y a quelques jours, ce document en a été retiré suite à un problème technique, nous explique-t-on, mais il devrait à nouveau être accessible ce lundi.

(1)L e forage profond est une technique héritée de l’industrie pétrolière. Elle consiste à creuser un puits descendant de 3 à 5 km sous la surface du sol pour y glisser des fûts blindés contenant les déchets radioactifs, avant de sceller le tout par un bouchon étanche. Moins onéreuse que le dépôt géologique qui repose sur des galeries horizontales à moyenne profondeur --environ 300 m -, cette technique fait débat car elle ne laisse aucune possibilité de retour en arrière en cas de problème.