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Le Conseil de sécurité des Nations unies s'est réuni... sans se réunir, pour reprendre la formule ironique d'un diplomate à New York, afin d'examiner mercredi soir la situation en Birmanie. Faute de consensus, en effet, la séance extraordinaire, convoquée à la demande des membres européens du Conseil dont la Belgique, n'a débouché, selon la terminologie consacrée, que sur "une déclaration à la presse" qui n'engage pas le Conseil collectivement.

Comme il fallait s'y attendre, la Chine et la Russie ont fait barrage à l'adoption d'une déclaration solennelle qui aurait pu condamner la nouvelle vague de répression à laquelle se livre la junte birmane. En janvier déjà, les deux pays s'étaient ligués dans une même opposition à un projet de résolution américaine. Tibet d'un côté, Tchétchénie de l'autre, violations endémiques des droits de l'homme dans les deux pays, la Chine et la Russie n'ont pas trop intérêt à voir le Conseil de sécurité sanctionner le mépris des généraux birmans pour la démocratie.

Tout en reconnaissant l'existence de "problèmes" en Birmanie, l'ambassadeur chinois auprès de l'Onu, Wang Guanya, a réitéré la position de son gouvernement en faisant valoir que ces problèmes n'affectent pas "la paix et la sécurité régionale et internationale". Il y a donc, selon lui, d'autant moins de raisons pour le Conseil de sécurité d'intervenir que d'éventuelles sanctions contre Rangoon "ne seront pas utiles". La délégation russe a adopté un point de vue identique. Peu avant la réunion du Conseil, le ministère des Affaires étrangères avait qualifié, à Moscou, la crise birmane de "problème interne" appelé à trouver rapidement une solution.

Soutien à M. Gambari

Dans ces conditions, les quinze membres du Conseil de sécurité en ont été réduits à écouter une présentation d'Ibrahim Gambari, l'émissaire spécial du secrétaire général de l'Onu, qui est parti le soir même "pour la région". Les autorités birmanes ont fait savoir, jeudi soir, qu'elles étaient disposées à le recevoir. Les membres du Conseil se sont réjouis de cette mission de bons offices et ont jugé nécessaire que les autorités birmanes reçoivent M. Gambari "au plus vite", selon un diplomate présent.

Pour le reste, les membres du Conseil se sont dits "préoccupés" par l'évolution de la situation. Ils ont appelé "à la retenue et au dialogue politique", mais sans assortir cet appel de pressions.

La France, qui assure en septembre la présidence mensuelle tournante du Conseil de sécurité, a été la première à déplorer cette passivité. Conformément à la position exprimée la veille par Nicolas Sarkozy, le porte-parole de l'Elysée s'est prononcé pour des sanctions renforcées en sachant qu'elles n'auront d'efficacité que si elles sont prises à l'échelle planétaire par les Nations unies.

L'Union européenne se trouve, en effet, extrêmement dépourvue face à la Birmanie, avec laquelle elle n'entretient déjà que des relations minimales. De nouvelles sanctions européennes ne sont pas susceptibles d'avoir une grande portée, au-delà de leur impact symbolique.

D'autres priorités

Européens et Américains ont, par ailleurs, d'autres priorités. Sans parler de l'Iran, il leur faut s'assurer la coopération de Moscou sur un dossier brûlant : l'éventuelle indépendance du Kosovo. Et de la Chine, ils attendent avant tout qu'elle incline définitivement la Corée du Nord à renoncer à ses programmes nucléaires. L'alternative réside dès lors peut-être dans une démarche auprès de l'Association des nations du Sud-Est asiatique (Asean) dont la Birmanie fait partie.

La difficulté est aussi d'identifier les interlocuteurs. Si Aung San Suu Kyi est bien connue, elle est inaccessible. Quant à l'opposition birmane en exil, le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht, a eu la faiblesse de reconnaître, devant nous, qu'il ne savait pas ce qu'elle représentait exactement.