Il faut une "action rapide et décisive" en Centrafrique "pour éviter que la crise échappe à tout contrôle", a averti lundi un haut responsable de l'ONU.

S'adressant au Conseil de sécurité de l'ONU, le vice-secrétaire général de l'ONU Jan Eliasson a recommandé à terme le déploiement de 6 à 9.000 Casques bleus en République centrafricaine (RCA), livrée à l'anarchie depuis la chute en mars du président François Bozizé.

Il s'agit d'un "test extrêmement important de la solidarité internationale", a plaidé M. Eliassson en agitant le spectre d'un "conflit religieux et ethnique", entre chrétiens et musulmans, qui pourrait mener à des "atrocités généralisées". La RCA risque aussi de "devenir un vivier pour les extrémistes et les groupes armés", a-t-il affirmé.

"Nous demandons à la communauté internationale de soutenir la Misca (une force panafricaine en RCA) et d'envisager l'option d'une opération de maintien de la paix", a-t-il déclaré. Il a aussi souligné que l'appel de fonds de 195 millions de dollars lancé pour remédier à la crise humanitaire en RCA n'était qu'à moitié financé pour l'instant.

Les 15 pays membres du Conseil devaient ensuite avoir leurs premières consultations sur un rapport de l'ONU qui détaille cinq options, dont la transformation en mission de maintien de la paix de la Misca. Cette force panafricaine est censée aider à rétablir la sécurité en RCA mais manque d'effectifs et de moyens.

Selon des diplomates, la première étape sera de renforcer et de mieux financer la Misca. La France devrait déposer dans les jours qui viennent un projet de résolution allant en ce sens.

Paris prêt à envoyer 800 soldats

La France est prête à envoyer en Centrafrique 800 soldats supplémentaires, alors que la capitale centrafricaine Bangui, sous couvre-feu, vit toujours dans la crainte de violences inter-religieuses.

Au moment où la Centrafrique, livrée au chaos, attend une résolution de l'ONU, le Premier ministre centrafricain Nicolas Tiangaye a annoncé que Paris était prêt à envoyer ses soldats après un vote du Conseil de Sécurité.

Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius "a parlé de l'envoi de 800 hommes pour l'instant, qui s'ajouteraient aux 410 déjà présents", a déclaré M. Tiangaye à l'issue d'une rencontre avec le chef de la diplomatie française à Paris. Il a précisé que "le rôle de la France sera d'appuyer les forces de la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique) en termes militaires, logistique et d'assistance technique".

"Tout cela va se faire vers la mi-décembre, après le vote d'une résolution au Conseil de sécurité" de l'ONU, a estimé M. Tiangaye.

L'ONU, qui s'inquiète de voir la Centrafrique devenir le "théâtre d'un génocide", a entamé lundi des discussions consacrées à la crise, après l'appel de son secrétaire général Ban Ki-moon à envoyer 6.000 Casques bleus, et ceux de Paris et de Washington pressant la communauté internationale d'intervenir sans délai.

Selon le Premier ministre centrafricain, la mise en place d'"une force de maintien de la paix de l'ONU va prendre du temps". "Dans l'immédiat, il faut un mandat sous le chapitre 7 de la charte (de l'ONU, qui autorise le recours à la force) permettant à la Misca et à la France de rétablir la sécurité sur tout le territoire", a-t-il estimé.

Crainte de violences inter-religieuses

"Il y a une insécurité généralisée", "de graves crimes de guerre et crimes contre l'humanité sont commis en Centrafrique", a-t-il insisté.

La Centrafrique est en proie aux violences depuis le renversement, le 24 mars, du régime de François Bozizé par Michel Djotodia, chef de la coalition rebelle Séléka, devenu depuis président.

Les mesures de sécurité ont été renforcées à Bangui au cours du week-end, où ses habitants redoutent de voir la ville s'embraser après les violences qui ont secoué le nord-ouest du pays ces dernières semaines, des rumeurs faisant état de l'infiltration de groupes armés chrétiens décidés à s'en prendre à la communauté musulmane, dont est issu le nouveau président Michel Djotodia.

Il y a quelques mois, la fracture entre chrétiens, largement majoritaires, et musulmans n'existait pas encore dans un pays où les deux communautés ont toujours vécu en bonne intelligence. Mais les exactions à répétition de l'ex-rébellion Séléka, à majorité musulmane, qui a porté Michel Djotodia au pouvoir en mars, ont rapidement généré des tensions, poussant des populations chrétiennes à former des "groupes d'autodéfense" pour s'en prendre aux musulmans.

Début septembre, les attaques de ces milices paysannes surnommées "anti-balakas" (anti-machettes) jusqu'alors inconnues, avaient fait près de 100 morts dans la région de Bossangoa (nord-ouest). Fin octobre, de nouveaux affrontements ont fait une quarantaine de morts à Bouar (ouest), entraînant des représailles meurtrières.

"A Bangui, de plus en plus de gens craignent que des anti-balakas ne soient infiltrés (...) pour s'en prendre aux musulmans", a déclaré à l'AFP depuis Bangui Roland Marchal, chercheur au CNRS et spécialiste des conflits en Afrique centrale.

Il y a une semaine, Ban Ki-moon a évoqué "un niveau alarmant de violence inter-communautaire", disant craindre un "conflit religieux et ethnique à l'échelle du pays".

Crainte d'un génocide

Dans la foulée, le département d'Etat américain a fait état d'une situation "pré-génocidaire", et M. Fabius a renchéri en affirmant que le pays était "au bord du génocide"... Des mots forts qui veulent justifier l'appui à la Mission internationale de soutien en Centrafrique (Misca).

"Parler de pré-génocide ou de génocide, je pense que cela aura des effets pervers sur la quiétude de la population qui a déjà beaucoup souffert", a réagi samedi la ministre centrafricaine des Affaires étrangères Léonie Banga Bothy sur la radio locale Ndeke Luka.

L'intervention se justifie par la nécessité de "remettre en place l'ordre et la loi dans un pays qui ne connaît ni l'un ni l'autre depuis plus de huit mois", note M. Marchal.

"L'insécurité a contraint des dizaines de milliers de personnes à se réfugier en brousse, où leur vie et les conditions d'hygiène sont déplorables", s'est alarmé lundi le chef du Comité international de la Croix-Rouge en Centrafrique, Georgios Georgantas.