L'ourse slovène Franska est morte jeudi matin, percutée par une voiture près de Lourdes (Hautes-Pyrénées). Après Palouma qui a fait une chute mortelle fin août 2006, Franska est le second des cinq plantigrades slovènes, lâchés dans les Pyrénées françaises, qui meurt en l'espace de quelques mois. Les bergers pyrénéens l'accusaient d'avoir décimé leurs troupeaux, obligeant le gouvernement à demander une expertise sur le comportement de Franska.

L'ourse slovène a été "percutée par une voiture militaire" vers 6h30 sur la D931 entre Argelès-Gazost et Lourdes, selon la gendarmerie de Tarbes qui parle d'un accident. "L'animal est mort sur le coup, la voiture est très endommagée mais le conducteur est indemne". La dépouille de l'ourse a été transportée à l'Ecole vétérinaire de Toulouse afin d'y être autopsiée, précise le ministère de l'Ecologie dans un communiqué, et une enquête est ouverte "afin de déterminer les circonstances précises de l'accident". Selon Emile Soumbo, sous-préfet d'Argelès-Gazost, Franska avait "l'habitude de passer d'une des vallées à l'autre". Pour cela, il fallait "qu'elle passe par un passage souterrain sous la 2X2 voies qu'apparemment elle n'aurait pas trouvé. Ne l'ayant pas trouvé, elle aurait crapahuté pour passer sur la 2X2 voies et c'est à ce moment-là qu'elle aurait été tapée par un véhicule".

Deux ans après la mort de Cannelle, le dernier plantigrade de souche pyrénéenne, Franska faisait partie des cinq ours slovènes introduits dans le sud de la France en 2006. Elle avait été lâchée le 28 avril 2006 à Bagnères-de-Bigorre et baptisée "Franska" par les Slovènes en hommage à son pays d'accueil. Plusieurs associations comme le FERUS Ours Loup Lynx Conservation, le WWF-France, le Fonds d'intervention éco-pastorale (FIEP), l'association Adet-Pays de l'ours ainsi que les Verts réclament que Franska et Palouma soient remplacées. Parmi eux, Alain Reynes, porte-parole de l'association Adet-Pays de l'ours, a assuré à l'Associated Press que la mort de Franska "ne change rien à la continuité du travail de réintroduction de l'ours dans les Pyrénées".

La mort d'un ours "est une chose qui arrive", a-t-il précisé, "mais ne remet rien en cause". Pour lui, "il est indispensable de remplacer les deux ourses mortes pour viabiliser le travail de réintroduction". Pour sa part, le ministère de l'Ecologie n'avait pas pris de décision dans l'immédiat concernant un éventuel remplacement de Franska. Cette dernière, qui évoluait principalement dans les Hautes-Pyrénées, s'était attirée l'animosité des éleveurs de brebis. Le président de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) Christian Puyo a confié à l'AP que son décès est "un soulagement pour les éleveurs", même si "nous ne souhaitions pas sa mort (...) seulement son retrait". "Aujourd'hui, les éleveurs vont vivre en paix et le secteur va retrouver son calme".

Depuis sa sortie d'hibernation, Franska est soupçonnée par les éleveurs d'avoir perpétré une trentaine d'attaques ayant causé la mort de 110 ovins, soit près de la moitié des 230 morts recensées. Le 11 juillet dernier, ils avaient à nouveau demandé le retrait de Franska du massif pyrénéen, déposant devant la préfecture des Hautes-Pyrénées à Tarbes les cadavres de sept brebis qui auraient été tuées dans la région de la Barousse par l'ourse slovène. Le préfet de région Jean-François Carenco a jugé pour sa part "urgent" de capturer l'ourse pour "l'amener ailleurs dans les Pyrénées".

Afin de calmer les anti-ours, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet avait rencontré fin juillet les élus, les éleveurs et les associations pro et anti-ours, leur précisant qu'elle n'envisageait pas "de capture ou de retrait". Lundi, elle chargeait l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) de rendre une nouvelle expertise de comportement sur Franska, dont les conclusions étaient attendues pour fin août.

Lorsque Cannelle a été abattue par un chasseur en novembre 2004, il restait entre 14 et 18 plantigrades dans les Pyrénées. Trois ours slovènes avaient en effet déjà "immigré" en 1996-97 et avaient fait des petits. Confronté à un "déficit de femelles", la France avait fait venir au printemps 2006 cinq de leurs compatriotes, dont un mâle.