Entretien

Analyste au European policy center, Janis A. Emmanouilidis dresse la liste des dossiers économiques que la Belgique devra contribuer à faire progresser pendant les six mois qu’elle présidera l’Union.

L’heure, dans l’Union, est à la consolidation budgétaire. Les mesures d’austérité prises par les Etats ne vont-elles pas affecter la croissance ?

Il y a un risque, si on considère ce qui se passe en Grèce, et la croissance pourrait aussi être affectée en Espagne et au Portugal. Cela dépend des domaines où l’on effectue des coupes budgétaires. Si on épargne tout ce qui touche à la recherche et à l’innovation, je ne crois pas que l’austérité affectera trop la croissance. Je constate toutefois que la stratégie de sortie de crise n’est pas très coordonnée au niveau européen.

La crise était sévère, nous sommes au milieu, et la situation pourrait se détériorer. Nous sommes toujours sous la pression des marchés qui attendent des réformes ou des propositions de réformes pour octobre. Si elles ne viennent pas, cela pourrait être la fin du répit que nous avons eu après avoir mis en place le plan d’aide à la Grèce et le mécanisme de sauvetage de la zone euro.

Quelles réformes doivent être entreprises, en premier lieu ?

C’est la question à un million. La coordination des budgets nationaux est sur les rails, mais il y a une liste d’autres idées qui sont sur la table de la Commission et de la task force dirigée par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Cela va des sanctions politiques comme la privation du droit de vote au Conseil pour ceux qui n’assainissent pas les finances publiques aux sanctions financières préventives plus sévères en passant par la création de bonds européens. Aboutir à un compromis sera compliqué, parce que les Seize de la zone euro et même les Vingt-sept ont des intérêts très divergents sur ces sujets. Par exemple, ce compromis doit-il conduire à un changement des traités ? Certains ne veulent pas rouvrir la boîte de Pandore, mais à partir du moment où l’Allemagne pousse dans cette voie et qu’elle est soutenue par la France, la question reste ouverte.

Est-ce la tâche de la présidence belge de décrocher ce compromis, où est-ce une mission qui lui échappe ?

Quand il est question de gouvernance économique, le rôle principal est joué par le Conseil européen et par la task force. Cela dit, la Belgique présidera le Conseil Ecofin et le Coreper (Comité des représentants permanents des Etats auprès de l’UE) qui a un rôle important de coordination, donc elle aura un rôle à jouer.

L’autre grand chantier, c’est l’achèvement de la stratégie socio-économique EU2020. Pensez-vous que telle qu’elle est définie, elle atteindra les objectifs visés ?

La question clé est celle de la gouvernance. On suit les traces de la précédente stratégie de Lisbonne : on ne sait toujours pas qui est responsable d’imposer aux Etats d’atteindre les cibles qu’ils ont eux-mêmes fixées. Je ne suis pas sûr qu’EU2020 aura beaucoup plus de succès que Lisbonne, même si la limitation des priorités était la voie à suivre. Ce qu’il faut faire, à mon sens, puisqu’on parle de compétitivité et de réformes, c’est lier le débat EU2020 avec celui de la gouvernance économique.

La présidence belge devra entrouvrir le débat sur les perspectives budgétaires de l’Union pour 2013-2020. Pensez-vous qu’à l’avenir le budget européen sera mieux doté qu’actuellement (1 % du PIB de l’UE) ?

Ce qui me paraît le plus vraisemblable est que nous conserverons plus ou moins le modèle actuel - avec des développements positifs comme une réduction des dépenses agricoles et des investissements dans des secteurs plus innovants. Je m’attends quand même à des négociations encore plus ardues que par le passé, parce que les Etats sont sous plus grande pression budgétaire et vont essayer de réduire leur contribution.