L'Union européenne apparaissait comme très divisée sur la question de l'indépendance du Kosovo lundi. Berlin et Madrid ont pris respectivement la tête des partisans et des opposants à la reconnaissance de la sécession de l'ancienne province serbe à majorité albanophone. Alors que le ministre allemand des Affaires étrangères a annoncé que son pays allait, le premier, reconnaître l'indépendance du Kosovo, son homologue espagnol lui emboîtait le pas pour déclarer au contraire que Madrid ne reconnaîtrait pas le Kosovo.

Les chefs de la diplomatie des pays de l'UE sont réunis lundi à Bruxelles pour discuter de la déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo et son possible impact sur la stabilité dans les Balkans. Alors que les 27 tentaient de parvenir à une position commune sur la manière d'appréhender le nouveau statut du Kosovo, les trois principales puissances du bloc -Grande-Bretagne, France, Allemagne- sont elles en passe d'entériner la reconnaissance du nouvel Etat.

Peu avant le début de la réunion, la présidence slovène de l'Union européenne déclarait que de "nombre" des 27 reconnaîtront le Kosovo comme Etat indépendant. "Je crois comprendre que nombre des Etats-membres vont reconnaître" le Kosovo, a dit le ministre slovène des Affaires étrangères Dimitri Rupel Pour l'heure, les ministres des 27 tentaient d'aboutir à une simple déclaration qui "prendra acte" de la décision de Pristina. Mais là aussi, la rédaction elle-même de ce texte pose des problèmes à certains ministres, notamment le chef de la diplomatie espagnole.

Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner, qui fut administrateur pour l'ONU de l'ex-province serbe, a demandé aux journalistes présents de ne pas prendre la situation "au tragique". "D'abord c'était très attendu, et je pense que les choses se passent mieux encore qu'on ne l'avait prévu. Je vois des grands titres: 'division de l'Europe'. Quelle division? Nous savions qu'il y aurait des positions différentes", a-t-il assuré.

De son côté le secrétaire britannique au Foreign Office David Miliband a jugé "essentiel" pour l'UE de montrer son leadership dans l'ouest des Balkans et d'y assurer la paix et la stabilité. "Je pense qu'il est très important de reconnaître que tous les pays de l'ouest des Balkans sont des pays européens", a-t-il dit à son arrivée à Bruxelles.

Pour le ministre allemand Frank-Walter Steinmeïer, "une solution négociée n'était pas possible. C'est pourquoi cette issue était inévitable". De son côté, le ministre espagnol Miguel Angel Moratinos a déclaré que son pays, confronté aux séparatismes, principalement basque, ne reconnaîtra pas le Kosovo en tant que pays indépendant.

Le Kosovo, province séparatiste à majorité albanophone du sud de la Serbie, a proclamé dimanche son indépendance, au cours d'une session extraordinaire du Parlement réuni à Pristina. Cette déclaration d'indépendance "unilatérale et illégale" a été immédiatement rejetée par la Serbie tout comme par la Russie, sa principale alliée.