Pour les colons juifs et la droite israélienne au pouvoir, c’est clair. Comme a dit un de leurs porte-parole, mardi, "avec son parti pris contre l’implantation juive dans les territoires conquis par Israël depuis 1967, l’Union européenne a perdu toute neutralité et s’est définitivement exclue de toute participation dans le processus de paix israélo-palestinien" .

Mais au bureau du Premier ministre et aux Affaires étrangères, l’on est surtout inquiet. Il s’avère en effet - la presse israélienne l’a révélé, mardi - que le 30 juin dernier la Commission européenne s’est dotée de directives internes, qui équivalent aux yeux du gouvernement Netanyahou à un boycottage officiel des colonies juives en territoires palestinien et syrien. Et qui risquent de surcroît de freiner tout futur accord bilatéral, économique, culturel ou autre, entre Israël et l’Union européenne (UE).

Une "discrimination" de la part de l’UE

Les lignes directrices de la Commission s’inscrivent dans la décision du Conseil des ministres des Affaires étrangères européens de décembre 2012, selon laquelle tous les accords entre Israël et l’Union "doivent indiquer de façon explicite et sans équivoque qu’ils ne sont pas applicables dans les territoires occupés par Israël depuis juin 1967" . C’est-à-dire dans les colonies juives en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et sur le Golan. Et cela, du fait que l’Union considère ces colonies illégales, selon la loi internationale, et ne reconnaît pas non plus la souveraineté d’Israël sur les territoires que celui-ci a annexé de façon unilatérale - à savoir, la Jérusalem palestinienne et le Golan syrien.

Ainsi, il sera désormais officiellement interdit à tout organisme de l’Union européenne de financer et/ou collaborer de quelque façon que ce soit avec toute entité israélienne, privée ou publique, qui opère dans les colonies.

Donc plus question pour l’Europe, par exemple, de distribuer des bourses d’étude ou de recherche à des institutions israéliennes dans les colonies. Et plus question pour les institutions israéliennes dans les colonies de participer à des concours, des partenariats ou des programmes scientifiques de l’UE.

En fait, cela fait longtemps que l’Union s’abstient de toute activité dans et avec les colonies juives. Mais jusqu’à présent, c’était de façon tacite, sans qu’Israël ressente le besoin de s’en émouvoir. Désormais, s’insurge-t-on à Jérusalem, la discrimination de la part de l’Union européenne est officielle et contraignante. Rappelons que les avantages douaniers accordés par l’UE depuis 2005 aux produits importés d’Israël ne s’appliquent pas non plus aux produits provenant des colonies juives. Et cela, en accord avec Israël.

Israël dans ses frontières d’avant-1967

Ces jours-ci toutefois, les pressions se multiplient en Europe pour que l’Europe ordonne de surcroît de différencier les produits importés des colonies par un étiquetage séparé. Mais ce qui préoccupe maintenant surtout les responsables israéliens, c’est la directive supplémentaire selon laquelle tout contrat ou accord conclu à l’avenir par Israël avec l’UE devra obligatoirement inclure une clause précisant que ledit contrat ou accord s’applique uniquement à Israël dans ses frontières d’avant-juin 1967, qui sont les frontières reconnues par l’Union et ses Etats membres.

Donc, si Israël tient désormais à signer un accord bilatéral avec l’Union dans quelque domaine que ce soit, il se verra acculé à souscrire à un document entérinant les frontières d’avant la guerre des Six Jours et niant la légitimité de sa présence à Jérusalem-Est, en "Judée-Samarie" (Cisjordanie) et sur le Golan. Chose impensable pour le gouvernement nationaliste de Benjamin Netanyahou.