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La Belgique doit-elle demander pardon?

Géraldine Abrassart (St.)

Publié le - Mis à jour le

Une vague de repentances agitent les démocraties occidentales ces dernières années. Après la France, la Belgique est en train de réfléchir à « sa responsabilité historique du Congo ». Le but: reconnaître ses torts et rétablir les victimes face à des faits marquants de la colonisation.

En Belgique, un premier pas a été amorcé en 2002 par Louis Michel, alors ministre des Affaires Etrangères. Au nom du gouvernement belge, il a présenté des excuses aux membres de la « Commission Lumumba », à la famille du défunt ainsi qu'au peuple congolais. Il aura fallu quarante-deux ans pour que le monde politique belge admette que « la mort de Lumumba est une affaire belgo-belge ».

Par ce geste, il donne un cadre plus aisé aux relations belgo-congolaises, plutôt tendues depuis l'indépendance du Congo de 1960. Cet acte réconcilie la Belgique avec le fantôme du premier Ministre congolais sauvagement assassiné quelques mois après son investiture. Depuis lors, l'Etat belge finance la Fondation Patrice Lumumba. Elle a pour but de promouvoir la démocratie et le renforcement de l'Etat de droit en République démocratique du Congo.

Les Belges doivent-ils demander pardon pour les actes commis durant l'ère précoloniale de 1885-1908? La responsabilité de Léopold II est, aux yeux de la Belgique, une responsabilité morale par rapport aux multiples abus commis par les Belges au 19ème siècle. Le travail forcé imposé aux Congolais a été le théâtre d'atrocités. Si on la compare à d'autres colonistations -françaises ou allemandes- la colonisation belge a-t-elle été plus cruelle que d'autres? Le contexte de l'époque, celui des guerres tribales africaines, n'est pas des plus tendres. "On ne peut pas faire d'anachronisme. On ne peut pas juger les gens de la fin du 19ème siècle avec notre esprit du début du 21ème siècle.", affirme l'historien belge, Guy Van Themsche, auteur de l'ouvrage La Belgique et le Congo.

Chaque période coloniale a eu ses épisodes féroces, mais cet argument a été employé trop souvent par les responsables belges pour minimiser l'importance de la brutalité du « régime du caoutchouc » mis en place par Léopold II. Depuis la reprise du Congo par la Belgique, en 1908, les responsables politiques belges ont sciemment mis en place une opération de déni et de camouflage de ce qu'on appelle le caoutchouc rouge.

En effet, la plupart des colons belges connaissaient la réalité de ces atrocités mais ont refusé d'en parler. "Ils ont préféré mettre ces accusations sur le compte de ragots propagés par des voisins envieux du Congo. Cet épisode n'a donc jamais été vraiment intégré dans l'histoire coloniale belge ni dans le discours officiel des responsables, précise Guy Van Themsche.

L'HISTOIRE COMME RETROVISEUR

La Belgique porte, qu'elle le veuille ou non, le fardeau de ces décennies de présence et de domination au Congo. Est-il juste que les Belges d'aujourd'hui portent le poids moral des décisions de leurs ancêtres? Sabine Cornelis, directrice de la section Histoire du temps colonial au Musée Royal de l'Afrique Centrale de Tervueren, pense qu'une demande de pardon revaloriserait les Congolais comme acteurs de leur histoire. "Il est impératif de retracer une histoire dans le regard africain autant qu'occidental" dit-elle.

En 2005, l'exposition La mémoire du Congo - Le temps colonial a contribué à faire accepter en Belgique, comme un fait irréfutable, l'existence de ce passé dérangeant. Fait attesté par de nombreuses archives.

DEVOIR DE MEMOIRE

Ce que la Belgique doit notamment s'efforcer de faire, est de secouer sa rigidité, d'ouvrir ses archives et de permettre aux chercheurs de les exploiter librement. Et surtout, comme l'exige Sabine Cornelis, de laisser les dernières mémoires vivantes du Congo se faire entendre. Un siècle d'impérialisme de la mémoire exclusivement belge de la colonistation les avait rendues muettes.

Certains historiens proposent une nouvelle manière de visiter l'histoire; dans un esprit d'ouverture, regards belges et congolais alliés, afin de réparer les injustices commises lors de la colonisation. Colette Braekman, journaliste au Soir et spécialiste de longue date du Congo, parle de réparation au travers d'actions concrètes pour les Congolais d'aujourd'hui. Reconnaître le passé colonial est une chose mais le vrai défi est d'effacer les effets du racisme et du paternalisme : annulation de la dette, projets de co-développement,...etc

Le 10 mai 2006, la France a inauguré la première journée internationale contre l'esclavage et la traite négrière. Ce jour sera désormais l'occasion de lutter contre l'amnésie concernant un pan entier de l'histoire. Dès lors, dans une Belgique souffrant de crise identitaire, l'heure est venue de croiser les regards culturels pour une analyse équilibrée de l'histoire qui ne serait plus sous le monopole d'une grille de lecture occidentale.

Le samedi 1er novembre à 14h00, visite de l'expo permanente du Musée royal de l'Afrique centrale. Informations sur MOJA asbl

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