L’hebdomadaire néerlandophone "Joods Actueel" affirme que la Belgique a accordé en l’espace de trois ans 800 000 euros à des organisations israéliennes qui font "pour 90 % d’entre elles de la propagande politique contre l’Etat d’Israël" en se basant sur un rapport de l’organisation NGO Monitor située à Jérusalem. Cette organisation, animée par le publiciste conservateur Gérald Steinberg, également professeur à l’Université de Tel-Aviv, s’est donnée pour mission de dévoiler les sources de financement des ONG opérant à des fins humanitaires dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie. Celle-ci avait porté plainte contre l’usage des fonds comme étant "manipulateur et antidémocratique" . Peu connue du public israélien, cette organisation vise à influer sur les décideurs étrangers. Elle s’inscrit dans la mouvance des députés du parti d’extrême droite "Israël Beit Anoun", "Israël notre maison", appuyé par certains députés de l’aile droite du Likoud.

Au printemps dernier, cette faction politique avait essayé de mettre sur pied une commission d’enquête parlementaire censée faire la lumière sur les activités de ces organisations, en vain, le Premier ministre Benjamin Netanyahou lui-même s’étant opposé au projet sans doute par crainte des réactions internationales.

Outre la Belgique, NGO Monitor a dénoncé avec vigueur d’autre pays européens dont les pays scandinaves, les Pays-Bas, la Suisse, l’Espagne qui accorderaient prétendument des subsides "aux ennemis d’Israël" qui critiquent ouvertement les méfaits de la colonisation et les violations quotidiennes aux droits élémentaires des Palestiniens.

Rodée en matière de relations publiques, l’organisation publie fréquemment des rapports "ciblés" lorsqu’un chef d’Etat ou une personnalité vient en visite dans l’Etat hébreu. La publication d’un de ses rapports sur le financement par la Belgique de projets ONG critiques à l’égard de l’action d’Israël remonte au 1er août, date qui coïncide avec l’annonce de la visite du Premier ministre démissionnaire Yves Leterme à Jérusalem pour rencontrer son homologue israélien. Pointés du doigt dans le rapport, les organisations Yesh Din, Shatil, Combattants pour la Paix, le Comités public contre la torture en Israël, le Forum familial du cercle des parents, le Centre Peres pour la paix, et Peace Now. D’après NGO Monitor, l’organisation Yesh Din qui a touché 80 000 euros de l’Etat belge soutiendrait les personnes qui portent plainte contre des militaires et des dirigeants israéliens, une accusation que Yesh Din rejette. Quant au Centre Peres pour la paix, il a été fondé à l’initiative du Président travailliste Shimon Peres, dans l’idée de consolider la paix aux travers de programmes de dialogue entre jeunes israéliens et jeunes palestiniens. Le ministère des Affaires étrangères s’était déjà expliqué auprès du Jérusalem Post. Michel Malherbe, son porte-parole, joint par téléphone a encore tenu à clarifier la position adoptée par la Belgique en la matière : "Nous finançons non pas des organisations, mais des projets spécifiques d’organisations qui sont soigneusement examinés à l’avance et qui répondent à des attentes humanitaires." Il rajoute que "ces projets sont choisis dans un cadre négocié et s’attache à examiner la qualité et la transparence des actions entreprises. Le respect des droits humains est un critère" . Ce financement s’inscrit dans le cadre d’un plan de prévention des conflits. Il est composé d’une enveloppe de 850 000 euros pour 2009-2010 répartie de part et d’autre aux associations à hauteur de 600 000 euros pour celle qui se situent en territoires occupés, dont 450 000 alloués à des projets médicaux, le reste étant échus en Israël. Le budget 2010-2011 s’élève à 450 000 euros.

Le Premier ministre israélien a évoqué lundi ce soutien financier au cours d’une réunion avec son homologue belge. Yves Leterme avait été invité avant son départ pour Tel-Aviv par des militants belges de la cause palestinienne qui lui ont adressé une lettre ouverte afin qu’il exige du chef du gouvernement israélien, la levée de l’interdiction qui leur a été signifiée de visiter la Palestine durant les dix prochaines années.