Une majorité de pays de l'UE et les Etats-Unis ont entériné lundi l'indépendance du Kosovo, malgré le refus de la Serbie, fixant sur la carte européenne un nouvel Etat appelé à rester sous surveillance pendant encore des années. Evènement Après des semaines de coordination intensive avec les dirigeants albanais du Kosovo, la France puis l'Allemagne, l'Italie et la Grande-Bretagne ont annoncé qu'ils allaient reconnaître ce nouveau micro-Etat issu de l'ex-Yougoslavie, après une réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Bruxelles.

La proclamation d'indépendance du Parlement kosovar avait été spécialement programmée pour dimanche afin de permettre au maximum de pays européens de la reconnaître dès cette réunion prévue de longue date.

"Nous avons l'intention de reconnaître l'indépendance du Kosovo", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, alors que plusieurs milliers de Serbes du Kosovo manifestaient dans les localités où ils sont majoritaires pour rejeter l'indépendance. "Le président de la République (Nicolas Sarkozy) a écrit en ce sens au président kosovar, la lettre va partir dès ce soir. Dès que cet échange aura eu lieu, la reconnaissance par la France de l'indépendance du Kosovo sera acquise", a ajouté M. Kouchner.

Les ministres allemand, italien et britannique ont annoncé leur intention de reconnaître peu après.

Les Etats-Unis ont eux directement reconnu le nouvel Etat et la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a "félicité le peuple du Kosovo en cette occasion historique". Une douzaine d'autres pays européens ont annoncé dans la foulée leur intention de reconnaître également ce nouvel Etat, même si la décision formelle pourrait prendre encore plusieurs semaines.

Cinq Etats membres - Chypre, Espagne, Grèce, Roumanie, Slovaquie - refusent néanmoins de franchir le pas pour l'instant au moins. Ils contestent la légitimité d'une indépendance qui pourrait encourager les séparatismes chez eux et à travers le monde, et à laquelle le Conseil de sécurité de l'ONU, en raison de l'opposition de la Russie, a refusé son aval. De ses cinq pays, Chypre est le plus virulent: sa ministre Erato Kozakou-Marcoullis a affirmé que son pays, confronté à l'indépendance autoproclamée de Chypre Nord, ne "reconnaîtrait jamais le Kosovo".

Pour ménager les pays européens les plus inquiets, les quatre "grands" n'ont annoncé leur intention de reconnaître le Kosovo qu'après avoir adopté avec tous leurs collègues une déclaration soulignant notamment que la province était, à cause de la guerre entre les Albanais du Kosovo et les forces serbes en 1998-1999 et de sa gestion par l'ONU depuis 1999, un cas "sui generis", c'est à dire unique "qui ne constitue pas un précédent". "Le Kosovo n'est pas un Etat normal, il sera administré par l'UE", a souligné le ministre italien Massimo D'Alema en soulignant que l'UE s'apprêtait à y envoyer une mission de 1.900 policiers et juristes dotée de "pouvoirs élargis".

Malgré leurs divisions, les Etats membres ont tous accepté le principe de cette mission tant ils tiennent à stabiliser une région connue depuis des décennies comme la "poudrière de l'Europe". L'UE devrait aussi s'engager à investir "un milliard d'euros" pour développer l'économie kosovare, minée par le chômage et la corruption, lors d'une conférence des donateurs qui pourrait se tenir en juin, a indiqué le ministre slovène Dimitrij Rupel, dont le pays, lui aussi issu de l'ex-Yougoslavie, préside l'UE.

Pour ménager Belgrade, dont les Européens craignent qu'elle ne se tourne vers la Russie, cette déclaration commune rappelle également que tous les pays des Balkans - dont le Kosovo mais aussi la Serbie - ont "une perspective européenne" et donc vocation à rejoindre un jour l'Union européenne.

M. D'Alema a également souligné que l'intégration européenne du Kosovo ne se ferait qu'après "la normalisation des relations entre Belgrade et Pristina". Grâce à toutes ces précautions, une "large majorité" d'Etats membres devraient, "sous une forme ou sous une autre", reconnaître le Kosovo "d'ici un mois, en février ou mars", a assuré le ministre suédois Carl Bildt.

Témoin de l'engagement européen, le diplomate en chef de l'UE Javier Solana devrait être le premier haut diplomate étranger à se rendre au Kosovo après la proclamation d'indépendance. "Je serai au Kosovo le plus tôt possible, demain ou après-demain ou la semaine prochaine", a-t-il déclaré lundi après la réunion des ministres.