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Le spectre d'un rattachement de la Cisjordanie à la Jordanie, redouté par le royaume, resurgit alors qu'Israël poursuit son offensive sanglante à Gaza, estiment mardi des responsables jordaniens. Le royaume, limitrophe d'Israël et de la Cisjordanie et où 50% des six millions d'habitants sont d'origine palestinienne, a averti que l'opération israélienne pourrait sonner le glas de la paix dans la région.

Le roi Abdallah II, dont le pays a signé en 1994 un traité de paix avec Israël, a multiplié les contacts et les déclarations exprimant sa "colère", mettant en garde sur le fait que "l'agression israélienne" aurait "des répercussions cruciales sur la paix au Proche-Orient".

Le gouvernement a tenté pour sa part de se mettre au diapason d'une population en colère, ce qui a poussé le Premier ministre Nader Dahabi à déclarer dimanche que son pays "se réservait le droit de reconsidérer ses relations avec tout pays, particulièrement Israël, dans l'intérêt du royaume". A côté de cela, des responsables jordaniens interrogés par l'AFP ont estimé que l'opération israélienne à Gaza risquait "de mettre fin à l'option de deux Etats", israélien et palestinien. "Dans ce contexte, le spectre du rattachement d'une partie de la Cisjordanie à la Jordanie, avec les risques que le royaume devienne un Etat de substitution pour les Palestiniens, resurgit", a indiqué un de ces responsables sous couvert de l'anonymat.

"Les opérations militaires contre +l'Etat du Hamas+ pourraient créer un vide à Gaza qui favoriserait le rattachement de ce territoire à l'Egypte", a relevé un autre responsable. "Ce scénario ouvre la voie au rattachement à la Jordanie d'une partie de la Cisjordanie --un territoire qui faisait partie du royaume jusqu'à son occupation par Israël en 1967--, favorisé par des groupes politiques israélien et américain opposés à la création d'un Etat palestinien indépendant", a-t-il poursuivi.

Des déclarations qui font écho à celles de l'ex-ambassadeur américain aux Nations Unies, John Bolton, pour qui une résolution du conflit israélo-palestinien basé sur le principe de deux Etats est "inapplicable".

"A la place, il faudrait envisager une approche +à trois Etats+ dans laquelle Gaza serait restituée au contrôle de l'Egypte et la Cisjordanie dans une certaine configuration reviendrait sous souveraineté jordanienne", a-t-il déclaré. L'administration Bush, qui affirmait croire à "un accord sur les contours (...) d'un Etat palestinien pacifique", n'a pas réussi à faire avancer les négociations de paix entre Palestiniens et Israéliens.

Dès l'été 2008 ont ainsi refleuri toutes sortes de scénarios inquiétants pour la Jordanie, le rattachement de la Cisjordanie en tête. "La Jordanie ne peut pas être liée à 30 ou 50% d'un territoire qui, de 1950 à 1967, lui appartenait. Obtenir la moitié ou moins de la Cisjordanie avec toute la population palestinienne serait un suicide", avait déclaré en juin à l'AFP un haut responsable jordanien.

Les responsables craignent que l'arrivée de quelque 2,4 millions de Palestiniens de Cisjordanie change les équilibres fondamentaux du Royaume. Dans l'immédiat, la Jordanie souhaite voir adopter par le Conseil de sécurité de l'ONU une résolution pour faire cesser l'offensive d'Israël.