Les Etats-Unis et l’Union Africaine multipliaient leurs efforts mardi pour convaincre les belligérants de la province soudanaise du Darfour de conclure un accord de paix, alors que la limite fixée à mardi minuit pour cette signature semblait devoir être à nouveau repoussée.

Une délégation de haut rang américaine, conduite par le numéro 2 du Département d’Etat américain, Robert Zoellick, est arrivée dans la nuit à Abuja, où se déroulent les pourparlers, pour maintenir la pression sur les parties au conflit, ont indiqué à l’AFP des diplomates américains.

Le gouvernement de Khartoum, que Washington accuse de «génocide» au Darfour, a accepté l’accord de paix proposé par l’UA mais refuse l’idée du déploiement d’une force onusienne.

Le président soudanais Omar el-Béchir a toutefois assuré à son homologue américain George W. Bush lors d’une conversation téléphonique qu’il était déterminé à arriver à un accord de paix, a rapporté mardi l’agence officielle Suna.

M. Zoellick devait rencontrer mardi le médiateur en chef de l’UA, Salim Ahmed Salim, pour faire le point et ensuite pousser les parties soudanaises à signer l’accord.

Le président en exercice de l’UA, le chef d’Etat congolais Denis Sassou N’Guesso, et le président de la commission de l’UA, le Malien Alpha Oumar Konaré, sont également attendus à Abuja pour tenter d’obtenir un accord, a indiqué Noureddine Mezni, un porte-parole de la médiation de l’UA.

Dans un premier temps, il avait été demandé aux parties en conflit de se prononcer sur l’accord avant le 30 avril à minuit. Khartoum a indiqué accepter le texte, mais face au refus des deux mouvements rebelles de le signer, l’UA avait prolongé les négociations de 48 heures, portant la date butoir à mardi minuit.

Le regain d’activité diplomatique pourrait entraîner une nouvelle prolongation, selon plusieurs sources.

«Une prolongation de 24 heures a été accordée pour permettre plus de consultations. Cette date limite va maintenant expirer mercredi à minuit», a déclaré mardi matin à l’AFP un porte-parole de la délégation de Khartoum, Abdulrahman Zuma.

Un des responsables de la médiation, le Nigérian Sam Ibok, a indiqué qu’une telle prolongation «est en train d’être étudiée». «Aucune décision n’a encore été prise. Nous devons consulter le président Olusegun Obasanjo et une décision finale sera prise cet après midi (mercredi)», a-t-il précisé.

M. Mezni a accrédité l’idée d’un nouveau report, soulignant que tous les responsables internationaux devaient «s’entretenir mercredi à Abuja avec le président (nigérian) Olusegun Obasanjo, les partenaires internationaux et les parties au conflit».

Les rébellions du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) et du Mouvement pour l’égalité et la Justice (JEM) rejettent le texte soumis notamment sur les points du désarmement des milices arabes pro-gouvernementales djandjawids, des compensations pour les populations victimes de la guerre, ainsi que sur les modalités de partage du pouvoir et des richesses.

Ils demandent aussi l’implication de la communauté internationale comme garante de l’accord et de sa mise en oeuvre.

Les rebelles «perdent la face et la sympathie de la communauté internationale (...) qui a été très patiente», a estimé un représentant des partenaires internationaux de la médiation, évoquant la possibilité de nouvelles sanctions.

La semaine dernière, le Conseil de sécurité de l’Onu a adopté une résolution pour sanctionner des acteurs soudanais importants de la crise au Darfour.

Depuis trois ans, le conflit au Darfour a fait entre 180.000 et 300.000 morts et plus de deux millions de déplacés.