La Corée du Nord a déclaré jeudi s’être dotée de la bombe atomique pour se protèger des Etats-Unis accusés de vouloir renverser son régime et a refusé de reprendre des négociations sur son programme nucléaire.

Le ministère nord-coréen des affaires étrangères a affirmé que le pays avait décidé de renforcer son arsenal nucléaire face à l’hostilité de la seconde administration Bush.

«Nous nous sommes déjà retirés du TNP (traité de non prolifération nucléaire) et avons fabriqué des armes atomiques par mesure d’auto-défense face à la politique de moins en moins déguisée de l’administration Bush d’isolement et étouffement de la RDPC», la République démocratique populaire de Corée, a rapporté un communiqué des affaires étrangères cité par l’agence officielle KCNA.

Il ajoute que Pyongyang avait décidé de ne plus participer pour une durée indéterminée aux négociations à six sur ses ambitions nucléaires, au moment où l’on s’attendait à une reprise du dialogue suspendu depuis cinq mois.

«Nous voulons des discussions à six mais nous sommes obligés de suspendre notre participation aux pourparlers pour une durée indéterminée», a dit le un porte-parole des affaires étrangères cité.

Dans une déclaration claire sur son programme nucléaire militaire, la Corée du Nord ajoute qu’elle «renforcera son arsenal d’armes nucléaires » afin de défendre son système politique.

Au même moment, un haut responsable américain en visite à Tokyo a déclaré que les Etats-Unis étaient persuadés que Pyongyang poursuivait son programme d’armement atomique.

«L’absence de progrès dans les pourparlers à six veut dire qu’ils en profitent pour progresser vers une capacité accrue », a estimé John Bolton, sous-secrétaire d’Etat chargé du contrôle des armements et de la sécurité internationale. «Le temps ne joue pas en notre faveur », a ajouté M. Bolton.

Le communiqué nord-coréen représente la première réaction officielle au discours sur l’état de l’Union prononcé la semaine dernière par le président George W. Bush.

«Les Etats-Unis ont dévoilé leurs intentions de renverser le système politique de la RDPC à tout prix, brandissant la menace d’un baton nucléaire. Cela nous oblige à prendre des mesures de renforcement de notre arsenal d’armes nucléaires afin de protèger l’idéologie, le système, la liberté et la démocratie choisis par la RDPC», ajoute le texte.

Le président américain avait évité un langage provocateur, disant vouloir coopèrer avec ses alliés, un ton en retrait sur la dénonciation d’un «axe du mal» il y a trois ans, comprenant la Corée du Nord, l’Iran et l’Irak.

La Corée du Nord dénonce de récentes déclarations de la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice, qui avait qualifié Pyongyang d’«avant-poste de la tyrannie», y voyant une nouvelle preuve de l’hostilité de Washington à l’égard du régime stalinien.

«L’intention de la seconde administration Bush de s’opposer à la RDPC et de l’isoler et l’étouffer à tout prix est très claire », dit le communiqué. «Cela ote toute justification à une participation de la RDPC aux pourparlers à six», ajoute-t-il.

De nombreux observateurs s’attendaient à une reprise prochaine des pourparlers multilatéraux visant à convaincre la Corée du Nord à renoncer à se doter de l’arme atomique, après le discours du président américain jugé relativement clément.

La Corée du Nord avait refusé de participer en septembre à une quatrième série de négociations qui devaient réunir à Pékin les deux Corées, les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la Russie. Trois précédentes sessions de pourparlers avaient échoué à dénouer une crise qui dure depuis octobre 2002.

La déclaration nord-coréenne survient alors que le ministre sud-coréen des Affaires étrangères Ban Ki-Moon s’est rendu jeudi à Washington pour y discuter d’une reprise des négociations.