Éclairage

Jésus était-il marié ? Pour moult auteurs "à la Dan Brown", ça ne fait pas l’ombre d’un doute et puis ça fait vibrer la sonnerie du tiroir-caisse. Pour certains intégristes catholiques qui n’ont rien à envier à leurs homologues musulmans, c’est blasphématoire de le dire et ça peut se terminer par un bûcher. On se rappellera qu’en 1988, certains "agités du ciboire" n’avaient pas hésité à incendier une salle de cinéma qui projetait "La dernière tentation du Christ" de Martin Scorsese inspiré du roman de Kazantzákis. Régulièrement, la question revient à la surface lors de l’une ou l’autre découverte archéologique. Voilà donc qu’une scientifique américaine a dévoilé un papyrus copte du IVe siècle qui mentionne l’existence de "la femme de Jésus" . L’annonce a été accueillie avec un grand scepticisme. C’est à l’occasion d’un congrès sur les études coptes, à Rome, que Karen L. King, une chercheuse américaine, a dévoilé un ancien document portant la phrase laconique : "Jésus leur dit : ma femme." Professeur à la Harvard Divinity School, elle est convaincue que ce mini-papyrus copte du IVe siècle prouve non pas que le Christ eût une épouse mais plutôt que certains des premiers chrétiens croyaient que Jésus était marié. "Cela ne prouve pas que Jésus était marié" mais la question se posait "alors que la tradition chrétienne a considéré comme acquis qu’il n’était pas marié" . Pour la théologienne, "dès le début du christianisme, les chrétiens se sont opposés sur le fait de savoir s’il était préférable ou non de ne pas être marié, mais ce n’est que plus d’un siècle plus tard, bien après la mort de Jésus, qu’ils commencent à se référer à la position maritale de Jésus pour soutenir leur position". Les déclarations de la chercheuse laissent perplexes les experts. Tel le P. Olivier-Thomas Venard, op, professeur à l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem, qui constate que "l’authenticité du manuscrit pose encore plusieurs questions. Surtout, on ne connaît pas sa provenance, ce qui rend toute interprétation historique difficile" . Il faut préciser que ce dominicain est un ami de Karen L. King, mais précise son profil de "théologienne féministe qui l’amène à faire une lecture contextuelle des textes anciens", qui vise à "déconstruire le récit traditionnel des origines chrétiennes" et de façonner "une vision plus pluraliste qui donne davantage de place aux femmes" . Le dévoilement du fragment en question s’inscrit dans ce contexte.

Mais sus à la caricature ! "Le type de l’épouse du Christ était déjà connu." Il figure ainsi dans l’Evangile (apocryphe) de Philippe qui parle de Marie-Madeleine que Jésus "embrassait sur la bouche" sans qu’il faille prendre ce geste à la lettre Le porte-parole du Saint-Siège, le P. Federico Lombardi, sj, a sobrement remarqué qu’"on ne savait pas bien d’où venait ce petit morceau de parchemin".